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Navigation à Moissac

vendredi 1er avril 2016, par grand-Pierre

Quelques jours à Moissac dans le Tarn et Garonne

Préparatifs

- Allo, la capitainerie ? Oui... Bonjour, je vous ai envoyé un courriel...

-  ?

- Oui la semaine dernière

- Ah, un mèl ?

- Oui c’est ça, un courriel ou un mèl si vous préférez. Moi je préfère courriel.

- Bon alors sachez que pour le port, pas la peine de réserver en cette saison et puis de toute façon votre canot est trop petit. Pour l’écluse du Tarn il faut téléphoner. Voilà.

- Merci beaucoup et au plaisir !

- Pas de problème, à votre service.

Ce bref et cordial échange avec le représentant local des Voies Navigables de France met un point final à de longues heures de préparation de mon séjour nautique à Moissac. Préparation totalement numérique d’ailleurs, utilisant tous les moyens de savoir ce que l’on désire savoir ou voir depuis son ordi personnel.

J’ai trouvé le bon gite et une "mise à l’eau" près du centre. Je l’ai visionnée sur Google Earth et j’ai mémorisé le trajet pour se rendre à cette mise à l’eau sans galérer avec le canot sur sa remorque dans un dédale de ruelles ou d’avoir à faire, oh sainte horreur, une seule marche arrière en ville.

En fait cela fait plusieurs semaines que je planifie soigneusement cette escapade sur le Tarn. La construction de mon canot est maintenant achevée depuis longtemps mais je n’ai pas si souvent que cela l’occasion de naviguer et il y a toujours quelque chose qui coince au dernier moment. Donc cette fois-ci, pas de problème, je pars ! Que la météo soit bonne ou non, je pars.

D’autant plus que j’ai fait l’acquisition d’un nouveau moteur plus puissant et flambant neuf qui ne demande qu’à faire ses preuves.

Encore un peu de problèmes logistiques pourtant m’attendent encore. Il me faudra fixer le moteur en place et j’ai commandé des boulons de sécurité antivol avec fermeture à clé. J’ai conçu pour cette opération de précision une grue constituée de trois tubes métalliques de quatre mètres de haut liés entre eux au sommet et pourvus d’un palan à moufles. Les trois "pieds" une fois écartés en bonne position je peux lever le moteur d’une seule main et le positionner très précisément sans forcer.

J’avais réalisé un chariot en bois pour supporter le moteur mais les chambres à air chinoises ne tiennent pas longtemps et j’ai pesté comme un diable avant de me résoudre à commander des roues pleines du même diamètre.

Autre point important : Une toile étanche recouvre le canot soutenue par un mât qui surélève son centre afin que l’eau s’écoule sans faire de poches. Mais une fois le moteur en place il est assez délicat de bien fermer à la poupe cette bâche qui s’attache par des boutons pression de camion.

Le canot ne peut rester sous la pluie sans se remplir et sa vidange est compliquée à réaliser. Aussi ne peut-il naviguer que par temps clair si je ne veux pas transporter des décalitres d’eau embarquée au retour sur le Vigan !

Je prépare le départ à l’aide d’une check-list scrupuleusement élaborée. Il me faut remplir le réservoir d’huile et faire un plein de la nourrice de quinze litre.

Gilets, cordages d’amarrage et d’ancre, défenses de bordage, grappin, extincteur, sangles pour le transport, nombreux sandows, écope, nourrice de carburant, bidon étanche pour les choses de valeur, gaffe, boussole, sifflet, trousse d’outils de dépannage et cordon de lanceur de rechange. Je crois n’avoir rien oublié.

Passage au gonfleur pour les pneus de la remorque à Intermarché.

Quatre-cent kilomètres plus tard...

Quatre heures après dont les deux-tiers sur autoroute, je suis à Moissac où le propriétaire du gite m’accueille et m’autorise à remiser mon canot dans son jardin.

Je dois dire en tout modestie que mon canot récolte maints éloges de la part de mes hôtes et de leur voisins du quartier, presque tous pêcheurs. Je finis par leur remettre une clé USB contenant l’historique de la construction de ce chef d’oeuvre ainsi que les photos des étapes du chantier naval.

Je pars illico en reconnaissance du parcours à faire jusqu’à la mise à l’eau le lendemain matin. C’est un coin tranquille à coté d’une école maternelle et pourvu d’un ponton rudimentaire pour amarrer après la mise à l’eau.

La cale de mise à l’eau

Le Tarn à Moissac Le jour levé depuis de longues heures déjà, je prends mon temps pour positionner correctement la remorque sur la cale de mise à l’eau car le fond rocheux est inégal et la pente incertaine... J’oublie de retirer la rampe des feux arrière qui prendront un bain non inscrit au programme. Le petit détail qui tue, voila ce que je redoute, étant seul pour assumer cet exercice délicat de la mise à l’eau. A eux deux, remorque et bateau doivent bien peser trois cent kilos.

Encore au volant en marche arrière, quelle n’est pas ma surprise de voir arriver vers moi un petit chevreuil mâle tout trempé et affolé qui cherche visiblement à se mettre à couvert. Il a du se mettre à l’eau (pour quelle raison ?) en amont et débarquer en pleine ville. Finalement à deux mètre de moi, il trouve le chemin de pêcheur dans la végétation qui lui apportera l’abri et une solution de fuite.

Une fois la goupille du timon retirée, la remorque bascule sans effort et le canot glisse à l’eau, retrouvant soudain son élément et sa légèreté. Je n’ai pas oublié de le tenir en laisse avec une amarre et je l’attache solidement au ponton afin qu’il ne me fausse pas compagnie.

Reste à ranger les instruments du transport et la bâche dans le coffre de la voiture et d’amarrer solidement à l’aide d’une grosse chaîne la remorque à un poteau. Pour finir je la "coince" avec la voiture. Bien malin qui la volerait dans ces conditions.

Le soleil brille, la surface est à peine ridée. Le Tarn est en période de hautes eaux et à frôlé la crue quelques jours avant. [1] Je peux enfin monter à bord. Quel bonheur ! Je manque de tomber comme un terrien pris dans le roulis de l’embarquement.

Je raccorde le tuyau de la nourrice au moteur et il me faudra plusieurs minutes avant qu’il ne daigne tousser discrètement et finalement démarrer. Son ralenti est presque silencieux. Je devrais le rôder dans les deux heures qui vont suivre.

Appareillage

J’appareille enfin et dirige mon embarcation vers le quai du vieux moulin en vitesse lente. Là, il me faut encore accoster pour aller acheter des provisions de bouche pour le repas de midi. Une épicerie portugaise proche du port me fournira un délicieux chorizo, du vin rosé ainsi que du fromage excellent. Pont Napoleon

Je me rends compte en revenant avec mes emplettes que j’ai oublié d’embarquer la gaffe restée dans le coffre de la voiture. Je taille ma route à rebours pour revenir à ma mise à l’eau chercher cet accessoire qui m’est indispensable pour... Sonder. N’étant pas familier de cette portion de rivière je redoute de talonner ce qui endommagerait l’hélice. Un petit sondeur me serait utile pour la suite. Je garde un mauvais souvenir de la Loire où les bancs de sable et les bois flottant entre deux eaux sont redoutables pour les hélices.

Pourvu enfin de tout mon fourniment, j’appareille en direction de l’amont sur ce fleuve magnifique qui doit mesurer plus de deux-cent mètres de largeur au niveau de Moissac.

Je passe sous le pont Napoléon, de pierre et de brique, aux arches de plein-cintre nombreuses puis plus loin sous le pont-canal qui permet aux embarcations du canal des deux mers de franchir le fleuve à une dizaine de mètres au-dessus du niveau des eaux du Tarn. Entre temps j’ai dépassé l’écluse qui fait communiquer le canal latéral de la Garonne (Canal des deux mers) avec le Tarn. Il faut se renseigner pour les horaires d’éclusage.

Mon nouveau moteur à ce bas régime est presque silencieux et je vois la rive défiler lentement tandis que le bateau avance. Ce 10 CV est un modèle "Big Foot". C’est à dire qu’il tourne moins vite mais avec plus de force (le couple). L’hélice est aussi plus grande et la poussée est plus puissante. Il peut donc propulser mon canot à bas régime en vitesse de croisière mais lui confère également la puissance nécessaire en cas de besoin. (Vagues, courants etc.).

Je navigue ainsi plusieurs heures à petite vitesse et tente enfin, le moteur rôdé, d’ouvrir les gaz ce qui a pour effet de faire déjauger le bateau dont l’étrave remonte sous l’effet de la poussée. J’apprends à respecter les balises que les pêcheurs dispose à la limite de leurs engins sous peine sinon de recevoir l’écho d’une engueulade car leur voix porte loin sur l’eau !

On ne peut dépasser vers l’amont du fleuve le seuil du moulin de Sainte Livrade à huit kilomètres du pont Napoléon car il est dépourvu d’écluse. Château Ste Livrade En arrivant sur ce site on admire sur bâbord le château de St Paul perché sur un mamelon qui domine le Tarn.

Garonne-Moissac Plus tard, je redescendrai la rivière vers le confluent avec la Garonne qui forme à 3,5 km en aval de Moissac un immense plan d’eau (1 km de large et 2 km de longueur) et recèle une base de loisirs départementale et une réserve ornithologique. Il est possible de mettre à l’eau gratuitement à la base. Deux îles au sud-est de cette sorte de baie formée par une boucle de la Garonne à son confluent avec le Tarn, partagent la largeur du fleuve et sont investies par des myriades d’oiseaux. Il faut naviguer prudemment à cet endroit car nombreux sont les arbres immergés et aussi quelques hauts-fonds plein de traîtrise. Mais le plan d’eau est libre en son centre où des voiliers évoluent avec grâce.

On peut descendre la Garonne depuis cet endroit sur cinq kilomètres jusqu’au barrage qui barre le fleuve pour alimenter le canal de Golfech destiné au refroidissement du réacteur nucléaire.

La Garonne remonte en amont vers Castelsarrasin mais je n’ai pas poussé dans cette direction.

Retour au port

De retour à Moissac, le rechargement se passe bien et le canot, placé bien dans l’axe de la remorque, remonte docilement sur son équipage. Il ne faut pas aller trop vite et surtout bien positionner canot et remorque pour hisser sans problème de l’eau vers le sec à l’aide du treuil manuel. [2]

Après une bonne demi-heure passée à préparer le canot pour le transport et l’étanchéité à la pluie (prévue pour le lendemain), je retourne au gite sans problème. Je connais à présent le chemin !

La douche chaude, le bon repas et je m’écroule pour une nuit de récupération.

Tout à fonctionné comme prévu. Je n’en reviens pas ! A la prochaine éclaircie, je repars !


[1Ce qui aurait eu pour effet de faire interdire toute navigation.

[2Le surlendemain, j’aurais des problèmes pour remonter le bateau car la cale n’étant pas sur un plan régulier et la remorque n’étant pas à l’horizontale, le canot glissait sur le coté à la remontée au cric.