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Les intégristes israéliens au pouvoir

samedi 31 décembre 2022, par grand-Pierre

Benyamin Netanyahou, malgré les accusations de corruption dont il fait l’objet sauve son poste de premier ministre en s’alliant avec l’extrême-droite israélienne et les partis intégristes religieux.

L’histoire d’ Israël

L’histoire d’Israël est-elle ce drame en trois actes [1] dont les auteurs, pour le relater, auraient trempé leur plume dans le sang des sacrifiés de la Shoa ? La fin d’une errance qui perdura deux-mille ans ? C’est la thèse que défendent les israéliens, ou du moins certains d’entre eux et que les intégristes les plus acharnés soutiennent sans état d’âme.

Je me souviens de la réponse d’un jeune colon, en Cisjordanie occupée, à qui on demandait de quel droit il établissait sa colonie sur une parcelle cadastrée au nom d’un palestinien : " Le seul cadastre, c’est la bible, répondit-il ".

Il doit à présent se réjouir de voir arriver aux postes clé du gouvernement ses amis ultras-religieux d’extrême-droite...

Palestine

Ce drame historique de la Shoa subi par les juifs d’Europe justifie-t-il l’exode infligé au peuple de Palestine ? Ce dernier est-t-il responsable de la persécution des juifs et des pogroms ? De leurs nombreuses migrations au fils des siècles ? Peut-être était-ce Dieu, tout compte fait, comme le pensaient les rabbins orthodoxes, qui avait dispersé les juifs pour les punir d’avoir crucifié son fils ?

Ou bien encore, le peuple palestinien serait également responsable de la redistribution des cartes au Moyen-Orient après la première guerre suite à la disparition de l’Empire Ottoman ? Responsable de la deuxième guerre mondiale et, après celle-ci, du mandat attribué aux britanniques sur la Palestine ? [2]

Après tout les palestiniens ne faisaient rien d’autre que d’habiter leur pays et la paix régnait avec ces juifs, peu nombreux, qui vivaient alors en Palestine. (12% de la population en 1914 ) [3]

Paradoxalement, le désir de retourner en terre sainte et le fait religieux n’expliquent qu’en partie la création d’Israël. Il y eu les persécutions en Europe orientale, les pogroms qui engendrèrent d’importantes migrations transfrontalières ; les juifs fuyant l’antisémitisme régnant. (Ceci donc bien longtemps avant l’avènement du nazisme). Enfin le nationalisme, teinté de laïcité (on y rencontrait même des marxistes), en faveur en Europe occidentale au dix-neuvième siècle, encouragea les juifs à vouloir bâtir leur propre état avant tout !

Un drôle de deal

En 1917, sir Arthur Balfour, secrétaire d’état britannique aux affaires étrangères demanda ouvertement à lord Rothschild, de soutenir l’Angleterre financièrement [4] ainsi que dans l’opinion américaine en échange de l’établissement en Palestine d’un projet national (présenté comme « un foyer national pour le peuple juif »). Cette déclaration est considérée comme une des premières étapes dans la création de l’État d’Israël. [5] C’est d’ailleurs dés 1920, trois années plus tard, que le projet de l’installation des juifs en Palestine a vu le jour. [6]

Ben Gourion, Premier ministre d’Israël (1948- 1954) et (1955- 1963) et primo-occupant déclarait après-guerre : " Nous sommes prêts à considérer la question d’un État juif sur une partie significative de la Palestine tout en réaffirmant notre droit sur toute la Palestine".

Avec ces propos sans appel de Ben Gourion : Notre droit sur toute la Palestine, nous abordons le cœur même du problème israélien.

Nous en connaissons la suite, ou plutôt cette suite de drames ayant suivi la création d’Israël, pour les Palestiniens (et dans une moindre mesure pour les israéliens). Cet engrenage de la violence perdurant au fil des décennies sans qu’une solution ne puisse se dessiner. L’assassinat en 1995 à Tel Aviv par un extrémiste israélien de droite, d’Yitzhak Rabin, premier ministre et partisan de la paix, marqua la fin d’un espoir pour les hommes et les femmes de bonne volonté des deux camps.

Les forces de l’Occident

En 1988 ainsi qu’en 2017 la Palestine est "reconnue" ainsi que son droit à l’autodétermination par cent-trente-six états (Résolutions des Nations Unies). Ne ratifient pourtant pas cette reconnaissance : La presque totalité des états européens, les Etats-Unis, le Japon, le Canada et l’Australie, c’est à dire principalement l’Occident, le maître incontesté du monde à ce moment là...

Le soutien indéfectible des USA [7] permet à Israël de résister aux attaques des pays arabes et de régner par la force sur son territoire lorsque le besoin s’en fait sentir. Tsahal, l’armée israélienne (Celle d’un pays de neuf millions d’habitants) est ainsi devenue la dix-septième armée du monde. Les hommes et les femmes effectuent un service armé (respectivement de 32 et de 24 mois).

Colonisation

Les empires coloniaux européens avaient pour ambition de conquérir des territoires peu développés, de les gérer administrativement et de les occuper militairement, voire de convertir leurs habitants pour exploiter les ressources disponibles, qu’elles soient humaines ou naturelles. Mais ces colonisateurs, s’ils exerçaient une violence sauvage sur le terrain, n’expulsaient jamais les populations locales, se contentant de les "pacifier".

Le cas israélien est différent. Des centaines de milliers de palestiniens se sont retrouvés, à la suite de guerres d’annexion, rejetés dans des camps, hors des frontières israéliennes. [8] D’autres sont enclavés dans la Bande de Gaza et ne survivent, comme ceux résidant dans les camps, que grâce à l’aide internationale.

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Visitez la bande de Gaza.. Ses paysages, sa sécurité...

En Cisjordanie, les colons israéliens s’emparent de propriétés palestiniennes pour édifier leurs colonies.

Si l’on comparait la violence dans les deux camps en présence, la palme reviendrait sans aucun doute aux israéliens qui disposent de la force armée tandis que les palestiniens n’ont pas de véritables moyens militaires.

Cette situation a généré un terrorisme globalisé contribuant à radicaliser les courants islamistes violents qui ensanglantent le monde en s’attaquant le plus souvent à des victimes non responsables des injustices subies par les Palestiniens. "Qui sème le vent récolte la tempête" dit le proverbe et la stratégie israélienne en est un bon exemple en l’occurrence. [9]

Opposition

Des israéliens manifestent leur opposition au nouveau régime mis en place par Benyamin Netanyahou. Ben-Gvir le nouveau ministre de la police d'extrême droiteMais leur voix ne porte pas suffisamment. (Ci-dessus Ben-Gvir le nouveau ministre de la police d’extrême droite).

Le président Trump au Etats-Unis à donné le "La" en déplaçant l’ambassade US de Tel Aviv à Jérusalem ce qui est une reconnaissance de cette ville comme capitale d’Israël et a toujours constitué le fond religieux de ce conflit interminable. Le nouveau président Biden s’est bien gardé d’ailleurs de revenir sur cette décision...

Ce fond religieux, porté par les intégristes ultra-orthodoxes juifs et les fondamentalistes musulmans, souffle sur les braises et alimente les radicalités dans les deux camps ; radicalités hélas parfaitement inconciliables...

Des pays arabes revoient également leur soutien indéfectible à la Palestine dans le cadre d’une géostratégie nouvelle leur assurant des liens plus forts avec l’Occident.

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Dessin de Plantu

La paix n’est donc plus une opportunité pour le gouvernement d’Israël et attribuer le ministère de la sécurité intérieure à des extrémistes religieux ne risque certainement pas de la remettre à l’ordre du jour.

Un abcès de fixation

Ce conflit israélo-palestinien s’est enkysté profondément dans les consciences et dans les chairs. Le résoudre ne sera évidemment pas une mince affaire et la paix semble de plus en plus éloignée, de plus en plus illusoire.

La création à marche forcée de nouvelles colonies en Cisjordanie et la volonté de l’imposer comme un fait accompli par les colons réduit à néant toute tentative de renégociation.

Si cette stratégie se révélait malheureusement gagnante et que soient réduits au silence les palestiniens (on ne parle même plus aujourd’hui de leur volonté de disposer d’un état), il resterait que l’histoire de cet état d’Israël conquérant serait marquée de manière indélébile par ces pages de violence et d’appropriation. Ces méthodes brutales d’un régime se prétendant démocratique ne pourront jamais suffire à enterrer ce dossier qui ressurgira tôt ou tard pour le plus grand malheur de tous.


Même une volonté réelle de paix (et sans arrière-pensées) des puissances concernées [10] n’y changerait malheureusement rien tant que la justice ne sera pas enfin rendue aux palestiniens. Alors peut-être, le Moyen-Orient pourra-t-il respirer un peu mieux...

Misère

Mais en attendant : Ce nouveau gouvernement n’engendrera que plus de pauvreté, d’humiliation, de violence et de haine, en institutionnalisant la colonisation des territoires en Cisjordanie et en faisant de ses palestiniens israéliens des citoyens de seconde zone.

Malheureusement, la justice n’étant pas de ce monde, ce ne sont pas ces semeurs de tempête et autres nuisibles qui subiront personnellement les conséquences de la violence et de la misère, protégés comme ils le sont par leurs services de sécurité et enrichis par une corruption rampante [11]. Mais ce sera comme d’habitude les populations des deux camps qui risquent d’en faire les frais et ceci pour longtemps.

Ne parlons même pas ici de la diaspora juive souvent inquiète pour sa sécurité et que la nouvelle donne en Israël ne risque pas de rassurer en provoquant la montée de la peste antisémite ; cette religion des personnes racistes qui confondent la politique malfaisante d’un état avec les origines d’un peuple.

Franchement... Si dieu existait, qu’il soit Yahvé ou qu’il soit Allah, tolèrerait-il une situation pareille ? Certainement pas ! [12]


[1L’errance millénaire, la Shoa et la situation de conflit actuelle

[2Mandat qui a permis aux juifs leur immigration en Palestine sans que les britanniques ne s’interposent.

[3Pourcentage qui atteint 50% en 1947 et actuellement 80% des 9,2 millions d’habitants.

[4Pour son effort de guerre

[5Source Wikipédia. Selon l’expression d’Arthur Koestler, « une nation promettait solennellement à une seconde nation le pays d’une troisième »

[6Au dix-neuvième siècle déjà, s’exprime aux USA et en Grande Bretagne l’idée du retour en terre sainte pour les juifs ; idée soutenue par des personnalités telles que Lord Lindsay (En 1847, Lord Lindsay en Angleterre écrit que : « Le sol de la Palestine… n’attend que le retour de ses enfants bannis pour s’industrialiser et développer ses capacités agricoles, afin qu’éclate une fois de plus sa luxuriance et qu’elle redevienne ce qu’elle était au temps de Salomon » - Source Wikipédia) Une certaine analogie existe aussi entre l’exode biblique des juifs d’Egypte et le peuple américain à la recherche d’une terre promise ce qui amena la langue hébraïque à être enseignée dans les universités américaines comme un prérequis à cette époque !

[7D’après une étude datant de 2010, il y aurait 13 850 000 Juifs (0,2% des religieux du monde) dont les quatre cinquièmes vivent aux Etats-Unis (41%) et en Israël (41%).

[8Et s’y trouvent toujours aujourd’hui.

[9Personnellement j’estime que les attentats "à l’aveugle" et ciblant des civils ne peuvent aucunement prétendre à la défense d’une cause, aussi juste soit-elle.

[10USA, Israël, Etats du golf, ONU etc.

[11Le gouvernement aux manettes fait voter des lois le mettant à l’abri de sa propre corruption. Il est maintenant possible d’être nommé comme ministre après avoir purgé une peine de prison !

[12Analyse logique de cette phrase : Si dieu existe, il ne tolère pas cette situation. Mais la situation existe. Donc dieu n’existe pas !