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US go home !

jeudi 19 novembre 2020, par grand-Pierre

US go home était du temps de mes jeunes années l’expression qui fleurissait sur les murs de la capitale.
Aujourd’hui, c’est à la chasse aux barbarismes anglo-saxon qu’il faut aller en s’armant de nos seuls dictionnaires.

L’après-guerre

Après que les français aient gouté les charmes du nazisme et, durant plus de quatre années, de celui de l’état français de Pétain, la libération arriva comme un bonheur infini pour ceux qui avaient été privés de tout et surtout de liberté durant cette sombre page de notre histoire.

La jeunesse américaine a payé, sur nos plages normandes, son tribut à cette libération avec d’autres, anglais ou canadiens, qui laissèrent leur vie pour notre liberté. On ne l’oublie pas.

Mais alors, pourquoi ces inscriptions dans les années cinquante, invitant les troupes américaines à rentrer au bercail ? Les communistes et la guerre froide en étaient-ils les seuls responsables ?

C’est finalement De Gaulle qui va sortir la France de l’OTAN et exiger le départ des bases américaines de France en 1967.

Le cordon ombilical

Ce bref rappel historique ne fait que survoler, ce que je considère comme une querelle familiale entre Washington et Paris. Après tout, n’est-ce pas un américain en 1917 qui s’écria, arrivé en France, "Lafayette nous voilà" sur la tombe du célèbre marquis qui participa à la guerre d’indépendance des américains ?

Le cordon ombilical nous liant a l’oncle Sam est une vieille histoire qui perdure actuellement sous de nouvelle formes n’ayant rien à voir avec l’amitié sincère entre deux peuples alliés.

Finalement nous n’avons pu, malgré la décision de De Gaulle, nous soustraire à une domination américaine, qu’elle soit économique, géopolitique ou culturelle. Nos références, imposées depuis la libération et confortées depuis par le libéralisme en matière commerciale et le développement d’Internet, sont américaines.

La publicité s’affiche partout et elle est devenue omniprésente et agressive ; véritable agent systémique du néolibéralisme. On vous appelle à toute heure depuis les centre téléphoniques à bas coût de l’Afrique sub-saharienne. Le paysage urbain et les entrées de ville sont défigurés. Les services Internet sont tous financés par la pub et les chaînes télé saucissonnent les séries pour les entrelarder de pubs. Nos données personnelles sont collectées et parfois revendues à prix d’or pour affiner la connaissance de nos besoins et mieux cibler les annonces. De quoi abrutir nos pauvres cerveaux et les façonner à l’image d’un système perverti.

Chaque année en France 33 milliards d’euros sont ainsi dépensés pour nous abreuver de pub ! Soit 500 € par habitant... (Source Canard enchaîné 24/02/21).

La pub n’est-elle pas, tout bien réfléchi, que la pratique habile de l’art du mensonge ? La publicité mensongère, réprimée par nos lois n’est-elle pas devenue le plus beau pléonasme que l’on puisse imaginer ?

La diplomatie du Big stick

L’influence américaine ne s’est pas construite au hasard. Quelle que soit la tendance politique de leurs édiles, Démocrates ou Républicains, les gouvernants américains ont commis, au nom de la liberté, quantité d’interventions militaires contre l’émancipation des nations. La guerre froide et la menace communiste servant leurs intérêts géostratégiques de gendarmes du monde et leur accès aux matières premières.

Les interventions militaires américaines ou commanditées par la CIA :

Grèce - Porto Rico - Corée - Guatemala - Liban - Iran - Vietnam - Laos - Cambodge - Brésil - Congo - Indonésie - République dominicaine - Chili - Panama - Saint Domingue - Cuba (Baie des cochons) - Afghanistan - Grenade - Haïti - Irak et j’en passe... à chaque fois pour favoriser les pires régimes et les fantoches dévoués à leurs intérêts.

French bashing

Bon mais direz-vous, est-il vraiment nécessaire de rédiger quelque-chose sur ces vieilles histoires ? C’est déjà du passé.

Oui mais du passé trop lourd culturellement. Nous sommes "occidentalisés" au sens politique du terme mais ceci bien malgré nous. En tout cas pour ce qui me concerne. La ligne de démarcation entre nous et le reste du monde non-occidental est également devenue une frontière culturelle clivante et, insidieusement, nous appréhendons petit à petit ce monde avec une vision américaniste.

Au quotidien les médias hexagonaux répercutent cette image du monde au travers des dépêches des grandes agences de presse occidentales.

Mais si par malheur Dominique de Villepin refuse en 2003 la participation de la France à l’engagement au coté des troupes américaines en Irak, décision qui était parfaitement justifiée, nos bons vins et nos camemberts sont immédiatement boycottés aux USA.

Sauver au moins notre belle langue française

Black friday, click and collect, Halloween, stop and go. Que viennent faire ces expressions anglo-saxonnes dans nos médias à longueur d’émissions ? A-t-on ne serait-ce que le droit de se poser la question ? De résister au déferlement ?

Y a-t-il un sport émergent qui ne se termine pas en "ing" comme canyoning, footing ou jogging ? Sans omettre notre vieux "camping", entré lui de longue date au dictionnaire. Et surtout, si vous avez une belle voix, ne vous inscrivez pas à un banal cours de chant mais faîtes-vous assister d’un coach vocal.

Avec le numérique et l’Internet, un flux ininterrompu d’anglicismes [1] a envahi notre langue française par ailleurs si riche et si belle. Et ces mots, ces expressions sont repris avec délectation par les journalistes, les commentateurs et les politiques. Comme si, utiliser un vocable américain ou américanisé lui donnait une profondeur particulière ou valorisait son locuteur. Ne soupçonnent-ils pas dans quel piège linguistique sommes nous en train de donner ?

La dernière campagne présidentielle aux Etats-Unis a presque pris autant de place dans nos médias que les campagnes présidentielles françaises ! Et ceci sans parler des fameuses fake-news qui ne sont tout compte fait que de banales fausses nouvelles.

Certains pays pourtant...

La Finlande ; elle-même occidentalisée ; n’ayant que cinq millions de locuteurs et devant de ce fait défendre sa langue a déjà depuis fort longtemps mis en place une commission linguistique en charge de finlandiser les termes nouveaux. Pour l’avion, cela a donné ce joli vocable non dépourvu de poésie : lentokone [2] ou en français : l’oiseau de fer.

Les Québécois, plutôt que de parler d’E-mail, de shopping ou de week-end, utilisent courriel, magasinage et fin de semaine car ils connaissent la valeur de leur langue. [3]

Autre chose mais symptomatique celle-ci : Avec le Brexit, la Grande-Bretagne largue les amarres avec l’Europe. Soit. Mais l’anglais est l’une des vingt-quatre langues officielles du parlement européen et sans doute celle la plus utilisée dans les échanges entre deux portes et dans les couloirs. Encore un paradoxe et de taille ! Espérons que l’Europe y survive...

Francophones atterrés

Dans un contexte global assez inquiétant avec le Corona virus, le terrorisme, la crise économique etc. mon commentaire anti-américanismes peut apparaître comme un combat d’arrière-garde. J’en conviens. Mais ce n’est pourtant pas le cas.

Un petit tour sur les forums sur la toile nous renseigne hélas sur les faiblesses linguistique des intervenants. C’est plus souvent de la bouillie lamentable que du français. Les anglicismes y sont légion bien évidemment. Cette dégradation se répand plus vite qu’on ne le pense et il n’y a guère de signe de rémission bien au contraire. La partie semble déjà perdue...

Alors que faire ? Rien si ce n’est aller discuter avec nos chers cousins québécois et se régaler de leur accent et de leurs anglicismes retraduits dans la langue de Molière pour se refaire le moral à leur contact ! Mais le voyage en lentokone est fort dispendieux !

C’est la jeunesse qui semble la plus accro aux américanismes. C’est également plusieurs générations récentes qui savent mal rédiger ou orthographier le français (voir mon article sur le sujet) (et aussi celui-ci) et il y aurait d’embarrassantes questions à poser à ce sujet à l’Education Nationale. Le plus désolant c’est que la majorité semble s’en fiche complètement.

Conclusion

Lors d’une épidémie il faut se vacciner ; lors d’une intoxication il faut se désintoxiquer et ne pas enfiler son jean et ses baskettes pour aller chercher son cheese burger au clic and collect du coin avec sa girl-friend.

Mais plutôt : Enfiler son jean bleu et ses godasses de sport pour cavaler récupérer son hambourgeois boeuf-fromage [4] au cliquer-retirer du coin avec sa petite copine.

M’enfin ? comme aurait dit ce cher Gaston Lagaffe.

Ecoutons maintenant avec attention et pour terminer en beauté Jean-Louis Ezine (sur France culture) nous parler de l’oxymoron :


[1Ou plutôt même carrément de mots américains.

[2Prononciation > lènetokoné

[3Ce qui ne les empêche pas d’utiliser d’autres anglicismes par ailleurs

[4Et pourquoi pas un chien-chaud comme on dit au Québec ?