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Gilets jaunes (suite)

dimanche 2 décembre 2018, par grand-Pierre

Politologue... Quel beau métier !
On peut tout affirmer sans risque mis à part celui de se tromper. Mais qui se souviendra de ce qu’on a bien pu dire ?

Je me lance dans la politologie avec ce billet sur la suite du mouvement des gilets jaunes. J’implore d’avance votre pardon si jamais mon propos vous ennuyait ou tournait en rond (point).

Un logo ne fait pas le printemps

Un excellent logo jaune et les cliquetis innombrable des souris pianotant sur Facebook et d’autres Instagram ont porté le mouvement populaire des mécontents du régime sur le devant de la scène au plan médiatique et politique.

Cette spontanéité doit malgré tout avoir une origine politique, mais celle-ci sait se faire discrète et ne pas apparaître comme le meneur du mouvement. Admettons donc que cette grosse poussée de fièvre ne soit surgie que de la grogne face aux hausses des taxes et ait été conjuguée au pluriel par le mécanisme des réseaux sociaux sans distinction d’origines politiques.

Une société pleine de confusion

Certes le malaise est bien là. Les petits ont par essence [1] de petits moyens et par conséquent guère de marge de manœuvre lorsque les prix augmentent. Les moyens eux ont des moyens de plus en plus moyens. D’autre part, certains parmi les plus gros se gavent sur le dos de la bête et mettent leur magot hors de portée des agents de Bercy ce qui ne contribue pas à calmer le mécontentement des laissés pour compte. Il existe certainement une part d’irrationnel dans les convulsions sociales en cours mais celui-ci se nourrit quand même de réalités, par exemple Panaméennes.

Ni Macron ni les gilets n’apprécient les corps intermédiaires

Voici donc en place les ingrédients d’une situation exceptionnelle et d’une contestation qui se nourrit d’elle-même sans passer comme d’ordinaire par les corps intermédiaires que sont partis et syndicats. De plus certains sondages soulignent la solidarité qu’éprouvent une grande majorité de français pour ce mouvement, et les sondages représentent effectivement aujourd’hui la boussole et le gouvernail de nos démocraties libérales.

Comment répondre à la révolte lorsque celle-ci n’a pas de tête ? Comment donner suite, si du moins telle était la volonté du gouvernement, à des revendications portées en vrac et dont quelques unes sont franchement irréalistes ? Le rejet d’une hiérarchie politique ou syndicale qui ne répondrait pas aux revendications populaires peut s’entendre mais alors comment engager des discussions ou signer des accords si aucun ou aucune des contestataires ne peut prétendre représenter le mouvement, et ceci malgré quelques porte-parole auto-proclamés ? Y a-t-il seulement l’embryon d’un collectif chez les gilets jaunes ? La somme des mécontentements divers peut amener une révolte, mais pour une révolution c’est un autre problème.

Finalement toute l’énergie et le courage déployés par les gilets jaunes pour soutenir leur revendications et le manque à gagner pour eux-même qui en résulte ne pourra déboucher sur autre chose qu’un gigantesque coup de gueule sans lendemain si aucune autre forme d’organisation que le réseautage social n’est mise en place. Sans une maturation politique ou syndicale, il n’y aura pas de lendemain qui chantent pour les gilets jaunes.

Dans un contexte quelque peu chaotique un début d’organisation semble néanmoins se mettre en place afin que le mouvement puisse être représenté auprès des pouvoirs publics. L’auto proclamation semble malheureusement la règle et je souhaite bon courage aux gilets jaunes pour parvenir à s’organiser dans la transparence et la démocratie !

On a souvent pointé l’inexpérience des élus macroniens et leur amateurisme politique. Souhaitons sans hypocrisie aucune aux gilets de se révéler plus performants... Lorsque j’entends des témoignages, la main sur le cœur, de sexagénaires dont c’est la première fois qu’ils manifestent, j’ai envie de leur dire qu’ils auraient peut-être du commencer bien plus tôt...

Le piège tendu

A cause de cette immaturité originelle les provocations, avec ou sans complicités, noircissent de leurs sombres fumées l’image pacifique du mouvement dont seuls quelques éléments [2] hors de tout contrôle, agissant à Paris ou ailleurs, déchaînent la violence et le saccage au long des manifestations. Ces violences, aux dires des services de sécurité se situent nettement au-dessus des niveaux enregistrés précédemment.

Ce scénario perdure depuis que les révoltes populaires existent. Les groupes violents retournent les opinions publiques, non pas uniquement contre leurs auteurs, mais aussi bien contre le mouvement de contestation dans son ensemble ce qui n’est certes pas pour déplaire au pouvoir en place.

Pour défendre le code du travail, moins de monde que pour la bagnole...

Je suis surpris par la tournure des événements. Lorsque la réforme du code du travail, façon Macron, a été soumise à l’assemblée, les défilés syndicaux furent plutôt clairsemés. Pourtant les conséquences de cette réforme auront sans doute plus d’impact pour les salariés que les quelques centimes d’augmentation sur les carburants.

Mon analyse de la situation, si elle s’avère exacte, devrait nous inquiéter pour la suite. En effet comment ce mouvement de révolte peut-il évoluer et comment pourra-t-il déboucher un jour sur un compromis comme c’est le cas dans la plupart des conflits sociaux ordinaires ? Ne s’achemine-t-on pas plutôt vers un lent désamorçage, vers des violences sporadiques mais à répétition... Et d’amères désillusions annonciatrices d’autres révoltes à venir ?

Si les gilets parviennent à mettre en place une représentation régulièrement désignée avec un mandat suffisamment clair pour chaque département, alors un processus de négociation pourra enfin être engagé et une sortie de crise amorcée.

Un tour de chauffe ?

Les partis politiques et les syndicats restent quant à eux sur leur garde et se contente de souffler sur les braises La multiformité du mouvement des gilets les inquiète de même que sa volatilité potentielle. La même méfiance, à gauche, régnait entre étudiants et syndicats ouvriers en 1968. Mais lorsque les centrales ouvrières entrèrent finalement dans la danse il y eut alors neuf millions de grévistes et le pays fût complètement paralysé... S’ensuivirent les accords de Grenelle et entre autre une très substantielle augmentation du SMIG.

Mais nous ne sommes plus en soixante-huit ; la croissance n’est plus la même et la mondialisation est passée par là accompagnée par son cortège de délocalisations et de chômeurs.

Emmanuel Macron, s’il souhaite calmer le jeu et terminer son mandat plus sereinement, devra donc apprendre à écouter la souffrance des gens et à infléchir sa politique libérale vers plus de solidarité sociale.

Sorti des urnes plutôt par le défaut des partis traditionnels et par un réflexe de crainte face à la montée de l’extrême droite, il manque à l’évidence des qualités politiques nécessaires devant la crise qui s’amplifie. Trop jupitérien et pas assez renard. Résultat : Un joli gâchis.

La république en marche aurait besoin de plus de sens des réalités et d’un peu moins d’arrogance. Du boulot donc en perspective pour les communicants de l’Elysée.


[1Je devrais être taxé pour ce mauvais jeu de mots

[2Il semble que ces casseurs ne soient pas uniquement issus de la mouvance Black bloc mais que de jeunes manifestants en colère soient également du nombre