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Mutons chez les moutons...

mercredi 19 mars 2008, par grand-Pierre

Mutation et immigration
Sont les deux mamelles du monde rural…

Après l’exode rural quelques décades en arrière, après les anciens débarqués soixantuitards, voici que les grandes cités françaises mais également nos amis européens se mettent à exporter une partie de leur population vers le Sud de la France.

Rassurons les populations indigènes : rien à voir avec les hippies et autres beatniks aux longs cheveux qui refaisaient le monde pieds nus et qui gardaraient le Larzac. Nos nouveaux « estrangers » sont propres sur eux et plutôt bobos que babas. Quelques uns pourraient même être classé « bling bling ».

Ceux-ci, c’est le TGV qui les a transporté vers nos belles contrées ou ils vont pouvoir enfin rencontrer la Nature Cévenole, sans OGM ni pollution, avec de vrais villages (on doit dire « authentiques ») ou il subsiste des maisons de pierre acquises au prix du marché. Enfin pour eux commence la vraie vie, comparée à ces milliers d’heures passées dans le trafic, sur des périphériques urbains surchargés et dans la grisaille anonyme des cités nordistes.

Bienvenue à ces rescapés des mégapoles. Que les douces effluves du printemps cévenol leur apportent le parfum de la violette, qu’ils croquent les fraîches salades sauvages et ressuscitent leurs poumons affaiblis au bon air des montagnes. L’économie des cités locales se trouvera conforté par leur pouvoir d’achat élevé. Les écoles s’empliront des cris joyeux de leurs enfants et les pharmaciens accueilleront avec joie les seniors nouvellement immigrés.

J’ai parlé plus haut de la vraie vie et de pouvoir d’achat. La vraie vie ne s’achète malheureusement pas. On peut la découvrir éventuellement mais il faut prendre le temps, même pas mal de temps. La vraie vie par ici est souvent dure ; les reins en savent quelque chose. Si c’était une fleur, je dirais peut-être… la tulipe sauvage qu’on aura besoin de découvrir là haut, autrement bien sur, qu’au volant de sa BM.  Si c’était un homme je dirais… Ah ! Et puis j’en nommerais tant qui m’ont fait les écouter et les comprendre, à petites doses à coups de clins d’œil et de blagues.

Mais je cause et le temps passe justement. Par un juste retour des choses, il faut que je participe, moi l’ancien arrivant à l’édification des nouveaux venus en leur faisant profiter de ma longue expérience dans la question de l’intégration sans désintégration.

Mon premier conseil : Comptez toujours le double de temps pour faire quoi que ce soit car vous rencontrerez toujours sur votre chemin une âme en quête de conversation. Si cela se produit lorsque vous êtes au volant, arrêtez vous carrément au milieu de la chaussée pour échanger vos nouvelles sans toutefois exagérer et dépasser les trois quarts d’heure.

Deuxièmement : Restez extrêmement prudents en ce qui concerne vos divers savoir-faire. Ils ne vous valoriseront guère surtout si vous vous montrez péremptoire. Même excellent bricoleur à vos moments perdus, vous ne connaissez probablement rien au célèbre « pétassage cévenol » qui requiert une longue pratique ainsi que beaucoup de créativité transcendantale.

Si vous parlez anglais, n’en faites pas mention à moins que vous ne fassiez partie vous-même de ce peuple sympathique, au demeurant piètre cuisinier.

Il ne vous est pas nécessaire pour autant d’essayer de prendre l’accent local (surtout si vous êtes anglais) ce qui ne ferait qu’ajouter de la confusion car vos interlocuteurs pourraient vous prendre pour un marseillais, peuple sympathique, au demeurant souvent bruyant.

Si vous êtes parisien, vous pouvez, par contre essayer de prendre l’accent anglais pour arranger un peu les choses…

Voyez, chers amis arrivant dans le Sud, ces modestes conseils vous aideront j’espère a vous intégrer dans notre belle région. Encore une chose : N’oubliez pas que les coqs et les chiens sont ici chez eux et qu’il convient de ne pas leur faire de procès pour tapage matinal. Ni aux cloches d’ailleurs, plus performantes chez nous que le haut débit.

Sachez donc aussi que les maires de par ici sont de préférence à gauche et obligatoirement « du cru ». A moinssse que, arrivant en grand nombre, vous ne preniez la gouvernance locale en main. Vous pourrez toujours dire après qu’on aurait pas du vous vendre les maisons, même au « prix du marché ».

Si vous suivez bien tous ces sages conseils, votre vie s’arrondira-aux-angles imperceptiblement un peu plus chaque jour et vous arrêterez enfin de poser des questions sans arrêt pour lire dans les nuages, les jours où la météo cafouille en disant à votre voisin : Bouh… Ce temps alors, il enquiquinne !

Bon vent - GP