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La filière bois-énergie

La filière bois : Réalité ou serpent de mer ?

jeudi 28 juin 2012, par grand-Pierre

Notre épique époque, brûlant ses vaisseaux (les sources d’énergie fossiles) à la vitesse de la lumière, se pose à présent la question des énergies renouvelables et relocalisées.
Les taillis et les résineux cévenols deviendraient donc à l’heure actuelle un enjeu important.
Voyons un peu comment cette filière pourrait se développer.

Energies business

Les injonctions européennes faites à la France pour développer des énergies renouvelables à l’horizon 2020 a conduit l’état français à encourager l’éolien et le photovoltaïque à grands frais, en rachetant l’énergie produite à un prix jusqu’à cinq fois supérieur au prix de revient du Kw/h nucléaire. Ce qui n’a eu pour résultat que de favoriser par cet effet d’aubaine les géantes que sont Suez ou Véolia, sans pour autant que la filière ne se développe, structurellement parlant.

La filière bois-énergie

La filière bois-énergie, elle, ne concerne que le chauffage et la production de bûches, de plaquettes ou de granulés. L’idée de base étant d’utiliser une énergie renouvelable et si possible de la produire et la consommer localement afin de réduire le transport.

La forêt, en utilisant l’énergie lumineuse associée au CO² et aux minéraux du sol, produit naturellement cette matière ligneuse, le bois, à raison d’un accroissement de 5% par an (ceci n’est qu’une moyenne qu’il faut ajuster pour chaque milieu forestier). Cette plus-value naturelle peut parfaitement être exploitée sans nuire à la forêt. Au contraire, celle-ci se porte plutôt mieux lorsqu’elle est entretenue.

Mais si la fée électricité voyage à la vitesse de 273 000 km/s dans le cuivre, [1] ramener un souque de bois, ne serait-ce qu’au bord du chemin, est une autre affaire ! Encore faut-il qu’il y ai un chemin d’ailleurs. Les frais de main d’œuvre sont bien sûrs très importants et l’adage qui veut que le bois nous chauffe trois fois [2] prend ici tout son sens.

Les versants sud de l’Aigoual qui dominent notre pays viganais présentent un boisement complexe (châtaigneraie relique - chênaie verte - chênaie blanche - résineux parcellaires plus ou moins conduits). La desserte des propriétés par des chemins de service a peu ou prou disparue et n’était d’ailleurs pratiquée qu’à pied ou avec des mulets à l’époque ou ces espaces boisés étaient encore entretenus. (vers le milieu du 19ème). D’autre part les propriétés sont toujours très morcelées et il est donc rare de trouver de grandes parcelles contigües qui soient à la fois bien desservies et facilement exploitables.

Depuis des décennies, les bois privés sont à l’abandon et les taillis ont reconquis les pentes et les traversiers, pour le bonheur du gibier mais sans présenter un intérêt économique, mis à part la récolte des champignons ! [3]

Des besoins qui vont aller croissant

PlaquettesLa production de plaquettes et de granulés, qui ne nécessitent pas de bois de qualité d’œuvre, pourrait bien trouver une application et valoriser ces espaces devenus sauvages. Ceci d’autant plus que la consommation est en passe de décoller. Pour exemple cette construction en projet à Gardanne d’une unité de chauffe qui consommera 800 000 t/an de plaquettes une fois en place !

Il faudra bien alimenter ces chaudières gargantuesques en valorisant nos taillis. Mais curieusement, s’il existe bien une ressource locale et un marché en développement, la filière bois-énergie cévenole en est encore au point mort. (Ou presque). Granulés

Sûr que le bois ne bénéficie pas des mêmes largesses que l’éolien ou le photo voltaïque.

Sont-ce les problèmes d’exploitation cités plus haut qui sont en cause ? L’absence d’information ? De regroupement d’exploitants ? Une rentabilité incertaine ?

Sans doute un peu de toutes ces raisons. Le comité de pilotage mis en place par la CdC pour promouvoir la filière se heurte à ces difficultés et les réunions avec les propriétaires sont loin de faire le plein. Le travail de promotion est compliqué et les techniciens forestiers, les cabinet d’audit et les élus ne pourront la mener à bien sans la motivation et volonté affirmée des propriétaires et exploitants.

Une filière locale s’impose

Il faut dire qu’à l’inverse de l’éolien, les prix d’achat sur pied sont bas. Entre 3 et 5 € la tonne pour du bois qui est livré à l’usine à 65 €/t. Ceci expliquant peut-être le manque d’engouement général.

Mais ne serait-il pas plus rentable de développer la filière localement plutôt que de risquer de voir des entreprises extérieures venir prélever à bas prix le bois de nos montagnes en profitant de la vulnérabilité des propriétaires non syndiqués ?

Si une filière conséquente s’installait, et que la pression des besoins se fasse sentir, la question se poserait rapidement de la gestion rationnelle des coupes et de la préservation des sites. On imagine mal revenir aux erreurs des siècles passés avec industriels, verriers et charbonniers qui déboisaient à qui mieux mieux pour laisser les montagnes cévenoles pelées comme tas de cailloux.

Il reste probablement à mettre au point des méthodes de prélèvements adaptées et rentables, utilisant des moyens légers et pratiques et respectueuses de l’environnement (Et ceci même pour de faibles volumes), qui encourageraient les propriétaires à se lancer dans l’aventure du bois-énergie. Mais les prix sur pied seront-ils au rendez-vous ?

Même si le pilotage s’avère délicat et s’il faudra du temps pour mettre en place une organisation locale, la filière bois-énergie pourrait se révéler malgré tout profitable dans un avenir proche, et ceci pour le producteur comme pour le consommateur. A condition d’en maitriser la gestion, depuis la forêt jusqu’à l’utilisateur en bout de chaîne pour une rentabilité équitable.

Une condition toutefois : Ne pas regarder le train passer trop longtemps !


[1Cela fait quand même 7 fois le tour de la terre en une seconde !

[2Une fois pour le couper - Une fois pour le transporter et une fois en le brûlant.

[3Les Cévennes de la châtaigneraie dispose d’une importante quantité de bois mort.

Messages

  • Le châtaignier est un excellent bois de chauffage, même utilisé comme bois bûche, dans un foyer fermé, lorsqu’il est très sec.
    Il peut être séché sur pied (mort), ou séché 2 voire 3 ans une fois coupé en longueurs et refendu, chez un exploitant ou à la maison. Et sous cette condition, non, il ne goudronne pas. Certes il faut pouvoir le stocker, ou trouver des exploitants qui le vendent bien sec. Certains, locaux, ont compris cela et pensent offrir ce service, tout en maintenant des prix largement inférieurs à ceux du chêne ou du hêtre...

    D’un autre côté, combien d’habitants achètent à prix fou du chêne, parfois venu de Bourgogne (si si...) ? Ou du chêne vert, certes excellent bois de chauffage, mais bien 20€ plus cher au stère ? Le hêtre, certes venant d’un peu plus haut, de l’Aigoual et du Lingas, reste intéressant, mais toujours plus cher que le châtaignier. Est-ce dû à un effet de mode ou à une simple méconnaissance ?

    De larges parcelles de châtaigniers, anciennes cerclières, se prêtent allègrement à l’exploitation raisonnée, durable, respectueuse des sols, avec une empreinte paysagère largement acceptable (coupe en suivant les courbes de niveau) et sont accessibles à des engins légers, sans besoin d’investissement pharaoniques. Y compris à côté de la ville, oui, du Vigan. Y compris même sur la commune du Vigan !

    L’exploitation de ces parcelles serait économiquement viable, si tant est que la DEMANDE (c’est toujours la demande qui dirige l’offre) venait. Pour cela il faut d’abord vulgariser l’utilisation du châtaignier (comme des résineux d’ailleurs), comme bois bûche. Dans d’autres contrées y compris cévenoles, le châtaignier est utilisé en bois bûche, les résineux en bois bûche également (Capcir, Gap, etc.), parfois depuis des siècles.

    Ce ne serait qu’un début, il y a peut-être trop à récolter pour satisfaire les particuliers et leur poële à bois moderne. Certes la priorité va à l’isolation du bâti. Mais dans un premier temps, cela permettrait de (re)donner un sens autre que pour la chasse ou la cueillette de champipis, aux bois du pays viganais. Quelle fierté que d’utiliser du bois qui a poussé dans son "jardin", en bas (en haut) de chez soi, non ?

    Ensuite, pour revenir au contenu du post, viendraient des démarches plus larges, mettant toujours en scène le bois local. L’expérience montre dans tous les territoires que c’est aussi la demande qui prime. On n’imagine pas des propriétaires couper du châtaignier par milliers de stères et les entasser en attendant qu’une collectivité s’équipe. Par contre, une fois équipée, la collectivité, malgré le manque de "souplesse" du code des marchés publics, pourra peut-être trouver des marchés locaux, par exemple en imposant dans son appel d’offre le plus faible taux de CO2 à la livraison du bois énergie...