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Soyons sérieux !

mardi 19 février 2019, par grand-Pierre

La démocratie participative peut-elle passer par les canaux politiques traditionnels ou doit-elle s’inventer un nouveau mode de vie ?

Soyons sérieux !

Les "participatifs", si leurs revendications sont cohérentes, ne maîtrisent pas forcément la plupart des dossiers. Ils sont souvent dans l’exigence pure et dure et peinent à identifier les cibles qui, si elles étaient atteintes, pourraient améliorer les choses.

La revendication trouve rapidement ses limites si elle n’est soutenue par des syndicalistes connaissant bien leur partition ou des députés motivés et influents.

Alors, la participation doit-elle se limiter au débat citoyen et laisser les représentants du peuple œuvrer entre eux ensuite pour le bien de la France ?

Nous touchons ici le cœur du problème. C’est la raison pour laquelle je pense que mon article est bien mal parti ! Comment éviter toutes ces impasses, ces idées fausses et qui sont si largement répandues du moment qu’elles sont dénonciatrices de quelque-chose ? Et comment échapper également aux récupérations et manipulations qui ne demandent qu’à s’asseoir à la table de la participation ?

Une transparence mieux visible

Cet oxymoron ne vous aura pas échappé et se justifie si l’on considère que le langage administratif doit préalablement être traduit avant d’être présenté au citoyen lambda. Ceci dit, tous nos conseils, qu’ils soient communaux, intercommunaux, départementaux ou régionaux sont ouverts au public. Je reconnais qu’ils ne représentent souvent qu’une étape de validation de projets ou de décisions mais par contre les commissions peuvent accueillir, en amont des conseils, avec les élus, des associations ou des personnes référentes sur certains thèmes de travail. Malgré cela, une réelle pratique participative n’existe que peu ou pas et le public ne s’invite hélas souvent aux réunions que sur les dossiers les plus chauds.
Ceux qui réclament à cor et à cri l’ouverture des portes de la République viendraient-ils encore assister sur le moyen terme aux réunions ? Il est permis d’en douter.

Nombreux sont les citoyens qui s’en tiennent à la lecture du bulletin municipal. Je suis persuadé qu’il reste beaucoup de choses à inventer en ce qui concerne transparence et participation.

Pour ce qui est de la corruption la France se situe au vingt-deuxième rang international [1] entre les Emirats et l’Uruguay (Transparency 2017). Guère glorieux.

Un grondement sourd

Cela correspond au bruit de cette vague profonde de mécontentement dont le bien fondé n’est pas à remettre en cause. Salaires bas ou figés, taxes à répétition, inégalités criantes, perte de confiance dans notre démocratie, déception européenne... Apparemment les trente glorieuses [2] sont bien loin derrière nous. Mais à ces nombreuses causes du mécontentement il faudrait pouvoir ajouter la peur. Peur de l’autre, des juifs, de l’étranger, du terrorisme, peur qui, si dans la savane permet souvent à l’animal de sauver sa vie, n’est la plupart du temps pour l’être humain et la vie démocratique qu’une bien mauvaise conseillère.

Global et concurrentiel

Sans vouloir vous assommer avec mes analyses, il faut bien voir que le monde économique et industriel s’est bien plus développé ces dernières décennies ailleurs qu’en Europe et notamment qu’en France... Révolue l’époque où l’on pensait que l’Asie n’était pas à même de fabriquer des objets complexes et de qualité. Nos gouvernements successifs, disposant à vrai dire d’une marge de manœuvre limitée ont privilégié chez nous les politiques d’austérité qui déclenchèrent à leur tour une contestation de plus en plus significative.

Austérité en guise de futur dans une société consumériste... Ça ne fonctionne pas car le consumérisme ne s’accommode pas du manque de consommation ! C’est là une des contradictions du néo-libéralisme. Il reste à trouver la recette de la frugalité heureuse chère aux écologistes mais il faudrait pour cela que les gens soient heureux ce qui ne semble pas être le cas.

Europe mal en point

L’Europe n’est pas et c’est le moins que l’on puisse dire une fédération homogène. Les nations d’Europe centrale ayant obtenu leur adhésion dans les années 90 ont-elles la même vision politique que les nations situées à l’ouest ? Leur histoire est très différente. Pour l’ouest, le grondement sourd auquel je faisais allusion s’en est prit au Royaume-uni, à la France et à l’Italie. Le populisme d’extrême droite gronde aussi dans de nombreuses nations européennes.

Cette Europe désunie ne peut apporter la stabilité ni la protection qu’en attendent ses citoyens. Elle semble rester aux abonnés absents devant le sourd grondement et survit par son marché unique plutôt que par ses ambitions politiques.

La langue européenne, l’anglais est justement celle de la nation qui va se retirer de l’Europe. Il paraît d’ailleurs que les européens le parlent mal !

Débattre : Une hygiène démocratique

C’est donc dans un tel contexte que la démocratie participative tente de retrouver une place et cela n’est pas gagné.

Le fait est que ces débats (Il y en eu quatre au Vigan + ceux des gilets jaunes organisés par eux-même) rapprochent les citoyens qui se trouvaient jusqu’ici en déficit d’expression directe. Les participants aux débats reconnaissent y apprendre toujours quelque chose et ceux auquel j’ai assisté avait une excellente tenue et une bonne écoute était de mise entre tous.

Je me souviens très bien dans les années soixante-dix à Paris, de ces préaux électoraux où chaque parti faisait alors salle comble. Bien que parfois mouvementées, ces réunions permettaient l’expression et l’échange. C’était avant l’avènement des smartphones. On se parlait encore quelquefois dans le bus en ce temps...

Un vieux rêve

Pour conclure mon petit billet, la démocratie participative, les débats, la confiance retrouvée entre français ne peut être qu’une excellente chose. La démocratie ne s’usant que lorsque l’on ne s’en sert pas ! Pour la faire croître et prospérer il y aurait besoin de confiance et de motivation, de calme et de prospérité mais également d’engagement et de travail. Joli rêve.

Mais elle ne peux pas s’épanouir dans un pays en crise de confiance, aux inégalités criantes, aux droits sociaux acquis remis en question, fracturé ruralement, au déficit budgétaire important et à la dette colossale. Qu’en penseraient les frugaux heureux comme Françoise Bettencourt-Meyers, Bernard Arnault ou François Pinault si quelqu’un leur demandait de s’exprimer ? A eux trois ils pèsent 142 milliards d’euros. Je parie qu’ils trouveraient ça très bien la démocratie participative.

Après, et pour aller plus loin comme Vladimir me l’avait enseigné en son temps, cela relèverait plutôt de la lutte des classes.


[1Sur 180 nations

[2Années de croissance heureuse des décennies 50/60/70.