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Histoire contemporaine

dimanche 29 juin 2014, par grand-Pierre

Le mannequin d’osier, troisième volume de l’Histoire contemporaine d’Anatole France est paru en 1897, il y a donc 117 ans. D’abord éditées en feuilleton dans certains journaux, ces séries constituèrent la base de plusieurs romans.

En lisant cet extrait, on ne peut s’empêcher de constater que peu de choses ont changé depuis en matière de politique et de finance...

Au passage, on appréciera le style inimitable de cet auteur.

Le mannequin d’osier (Extrait)

Ce qu’Anatole France nous enseigne au travers du discours de son héros, monsieur le professeur Bergeret :

"...Il est clair que les secrets d’état ne sont pas bien gardés en démocratie. Le grand nombre des complices et les haines puissantes des partis en provoquent, au contraire, la révélation, tantôt sourde, tantôt éclatante. Il faut considérer encore que le système parlementaire multiplie les prévaricateurs [1]en mettant une multitude de gens en état de prévariquer. Louis XIV fut volé grandement et magnifiquement par un Fouquet. De nos jours, pendant que le président triste, qu’ils avaient choisi pour donner bon air à la maison, montrait aux départements attendris son visage muet de Minerve barbue, il s’effeuillait d’innombrables carnets de chèques sur le Palais-Bourbon. Le mal n’était pas grand en lui-même. Une multitude de besogneux ont part au gouvernement. Exiger qu’ils soient tous intègres, c’est peut-être trop demander à la nature humaine. Et ce que ces pauvres voleurs ont pris est bien peu de chose auprès de ce que notre honnête administration gaspille à toute heure de la journée.

Un seul point est à noter. Il est capital. Les traitants de jadis, ce Pauquet de Sainte-Croix, entre autres, qui, sous Louis XV, entassa les richesses de la province dans l’hôtel même où je loge aujourd’hui, "à la troisième chambre", ces effrontés pillards dépouillaient leur patrie et leur prince sans du moins être d’intelligence avec les ennemis du royaume.

Au contraire, nos chéquards du parlement livrent la France à une puissance étrangère, la Finance. Car, il est vrai que la Finance est aujourd’hui une puissance et qu’on peut dire d’elle ce qu’on disait autrefois de l’église, qu’elle est parmi les nations une illustre étrangère. Nos mandataires, qu’elle achète, sont donc larrons et traîtres. Ils le sont à la vérité petitement et misérablement. Chacun en particulier fait pitié. Leur pullulement seul m’effraie. "...


Si j’avais eu un fils, je crois que je l’aurais appelé Anatole ! (GP)


[1Personne mandatée ne respectant pas les devoirs de sa charge (corrompue).