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Interview (presque) imaginaire de Grand-Pierre

Le petit monde de la politique en quelques lignes...

mardi 17 juillet 2012, par grand-Pierre

Ce concept d’interview imaginaire est emprunté à un article du Canard-enchaîné. Que le cher volatile veuille bien me le pardonner.

BGP - Grand-Pierre, tout d’abord merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Pourriez vous nous décrire brièvement votre représentation personnelle du monde politique ?

-  Je décrirais l’animal comme ça : Une langue de bois, mais une langue de bois de bonne qualité, aux consonances presque naturelles, une attitude toujours responsable autant qu’amicale, une écoute permanente de sa base sociale ; voici le portrait de l’être politique de gauche aujourd’hui. Le ministrable dans toute sa splendeur. Pas de place pour la moindre faute ou la plus petite erreur dans la lente ascension de son étoile personnelle. Il a appris de longue date à parer les coups, à démasquer le faux-ami, à aplatir le concurrent sans faiblesse, il a même pensé à plaquer ses maitresses trop voyantes. Il lui a fallu maitriser cette pratique au cours d’un apprentissage long et difficile pour pouvoir survivre dans un monde de brutes. S’il est seul, c’est bien souvent au sein de son propre parti. On le guette à chaque tournant chez lui mais aussi chez l’adversaire. Il ne lui faut jamais tomber car plus c’est de haut et plus ça fait mal ! Il faut durer, encore et toujours durer. Plus facile à dire qu’à faire ! This is the hard ruuuuuule of the west ! [1]

BGP - Mais, très cher GP, vous nous faites un portrait bien mordant de nos édiles !

-  Cette construction pas à pas d’un pouvoir a un coût personnel élevé. Je n’évoque pas simplement la ride perfide et les yeux battus par les nombreuses nuits de négociation. Ni l’artère durcie au feu des débats intimes et des féroces combats livrés dans l’arène médiatique. Non. Cet échafaudage menant jusqu’à la Tour du pouvoir, représente une vie entière dévolue aux stratégies tortueuses, une vie familiale plus que sacrifiée, une ambition de tous les instants qui ne s’est jamais démentie et qui habite en permanence le cœur de ce lion dissimulé sous une cravate et un complet anthracite, satiné et infroissable.

BGP – Vous lui concédez donc un cœur ?

-  Mais bien sûr ! Et quel cœur ! C’est le jeu démocratique qui fait sa faiblesse, pas son cœur.

BGP – Mais pour quelle raison ?

-  Comme pour le marché boursier, les valeurs électorales, dans le cadre républicain et démocratique, doivent être soutenues par la confiance. Si cette confiance La confiance est de règle fait défaut, les cours des actions s’effondrent en bourse et parallèlement, les candidats auxquels on ne prête plus aucun crédit, subissent de leur coté une banqueroute sans appel dans les urnes. Obligations boursières et bulletins électoraux étant par ailleurs un peu cousins à la mode de Bretagne, d’où cette comparaison avec l’univers du casino, car ils se marient trop souvent entre eux ; bref, quelque chose qui ressemble au mélange des genres...

BGP – Une dure loi de l’ouest valable à droite comme à gauche ?

-  A droite comme à gauche et même au centre. Nos représentants sont en permanence contraints pour se faire élire de nous donner confiance et de ruser pour présenter la face lisse comme marbre d’un être politiquement correct. [2] Le processus démocratique, au lieu de libérer leur parole, gauchi leur personnalité en les soumettant à ces rites de campagnes et en en faisant souvent de grands cyniques. [3]

BGP – Qui peut échapper à la règle selon vous ?

-  En premier le despote qui n’a de comptes à rendre à personne ou qui n’est même pas passé par la case élections de son Monopoly personnel et, d’autre part, l’être tout entier pétri dans de profondes convictions. De Gaulle et sa grandeur de la France par exemple qui avait été imposé aux électeurs en 58 à la suite des évènements d’Algérie mais dont le dévouement à la cause française était incontesté avant 68. Toutefois, en ce qui concerne ce grand personnage, relativisons un peu les choses. C’est tout de même à cause de lui que nous avons hérité de cette cinquième république et son mode de scrutin injuste et non représentatif de l’état de l’électorat. Mais nous avons changé d’époque depuis le règne du général et le pragmatisme est aujourd’hui de règle beaucoup plus que l’affirmation d’une conviction, quelle qu’elle soit.

BGP – Quelles sont les valeurs boursières qui vous paraissent en chute libre aujourd’hui chez les politiques ?

-  En dehors de l’UMP qui soigne ses plaies (méritées) actuellement, si l’on veut parler de conviction, je dirais Europe Écologie ; si c’est de crédibilité qu’il s’agit, je dirais le Parti communiste.

Le premier, EELV, parce qu’il n’a pas intégré la valeur politique d’une conviction assumée avec courage, fut-ce au prix d’un recul passager. Un parti trop fourre-tout et un excellent terreau pour les égos opportunistes. Voir mon article à ce sujet

Le deuxième, le parti communiste, pour avoir trop assumé et ceci pendant trop longtemps les valeurs dévoyées des pays de l’Est et tissé ensuite, à l’opposé, des liens opportunistes avec le PS au sein de la gauche plurielle.

Il a chèrement payé ce soutien indéfectible aux régime socialiste Russe au moment de l’effondrement de l’URSS et, deux années plus tôt, de celui du mur de Berlin. Ces évènements ont entrainé une grave hémorragie de son électorat qui ne se dément pas aujourd’hui. C’est un grand parti historique aux nombreuses figures héroïques mais qui a vieilli et finit assez mal.

BGP – Mais le Parti socialiste s’en sort plutôt bien malgré ce que vous nous dites de la gauche plurielle ? Pourquoi fait-il exception ?

-  Les socialistes, comme l’UMP d’ailleurs sont des professionnels redoutables. Ils connaissent les méandres des marigots du pouvoir à la perfection et tiennent les régions. La montée du FN les a servi [4] et a desservi l’UMP. Mais avant tout, ils ont su comprendre tout l’intérêt qu’il y avait d’organiser des primaires démocratisées offrant au choix du public une riche palette de composantes internes, comme à l’étal du poissonnier ! Ça marche aussi bien en France qu’aux États-Unis !

BGP – Il y eu bien quelques spectaculaires ralliements au deuxième tour…

-  Montebourg, le gauchiste du PS a rallié le vainqueur de ces primaires assez tôt pour assurer son marocain [5] dans l’actuel gouvernement. Je vous le dis : De vrais professionnels.

BGP – Et votre cher Mélenchon ? Trouve-t-il grâce à vos yeux ?

-  Le Parti de gauche, porte à la fois les valeurs de l’écologie et de la transformation sociale. Son concept selon lequel seule une rupture significative avec le capitalisme ultra-libéral et une planification écologique de la production peuvent nous sortir de l’embourbement et pérenniser l’avenir tient tout à fait la route. Malgré tout il est un peu le seul à proclamer avec conviction [6] ce que beaucoup n’osent pas encore penser tout haut…

Toute vérité, avant d’avoir été mise à l’épreuve et donc mise en œuvre, étant considérée comme une utopie (gauchiste en l’occurrence). Pourtant, les développements de la crise financière, économique et politique depuis 2008 confirment malheureusement cette analyse du PG et l’impasse environnementale continue d’accumuler de lourds nuages à l’horizon. Voir le site de notre planète info

Le Parti de gauche a besoin maintenant de plus de lisibilité (par rapport au PCF notamment) et de définir plus précisément le projet de société qu’il entend défendre. Toujours ce problème de crédibilité à dépasser pour donner confiance avant de pouvoir songer à remplir les urnes ! Voir l’article sur le "monstre doux"

BGP – Les Indignés, les Pirates ? Qu’en penser ?

-  Très positif à mon sens. Ce sont les mouvements pépinière de la société de demain. Ils reflètent notre époque et sa jeunesse et ne sont pas (encore) porteurs de l’uniforme anthracite infroissable ! Ils apprendront à grandir ou inventeront peut-être, ce qui serait encore mieux, de nouvelles formes de démocratie en dépoussiérant les vieilles idéologies.

BGP – Merci Grand-Pierre pour cet interview exclusive.

-  C’est toujours un véritable plaisir que d’être interviewé par soi-même. Les réponses viennent plus aisément lorsque l’on se pose les bonnes questions !


[1Dixit le loup dans les BD de Tex Avery

[2Et même pour certains, politiquement incorrects pour l’image de marque, ce qui revient au même.

[3Georges Frèche en était un bon exemple. Paix à son âme.

[4Mais pour combien de temps encore le FN fera-t-il seulement fonction de repoussoir ?

[5Correction = maroquin

[6Y compris au sein du Front de gauche

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