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Protection de l’environnement - Quelles contradictions ?

dimanche 22 janvier 2012, par grand-Pierre

La conscience émerge, au sein de nos nations développées, de la nécessité de plus en plus urgente de préserver notre environnement. Il y aurait le feu au lac comme le dirait nos amis helvètes. Mais comment cette conscience peut-elle se décliner en terme de politiques économiques, de démocratie ou de gouvernance dans tous les états du monde ?

Un monde par trop disparate

La caractéristique principale de l’humanité en passe de devenir globale et composée de 194 nations plus ou moins unies [1] se présente comme celle d’une grande disparité, à tous niveaux.

Démographie, ressources propres, régime politico-économique, géographie et climat, niveau culturel, répartition sociale des richesses etc. déterminent le rang d’un pays dans le concert international. Il faut y ajouter bien sûr le niveau de développement des infrastructures et de l’industrie qui est en pleine évolution pour de grandes nations comme le Brésil, l’Inde ou la Chine.

Ces disparités sont un obstacle considérable au progrès commun en ce qui concerne les mesures environnementales à prendre pour préserver la planète. L’histoire économique, en pleine accélération, augmente le risque écologique et divise les pays sur la teneur et l’importance des mesures envisageables en commun. Les intérêts de chacun primant sur l’intérêt de tous ; jusqu’ici, rien de changé dans le meilleur des mondes.

L’échec relatif de la dernière conférence de Durban (17ème conférence des Nations Unies sur le changement climatique) est révélateur des contradictions qui freinent le travail international et des divergences qui plombent une écologie raisonnablement et... durablement concertée pour notre planète.

Économie globalisée et élévation du niveau de vie

Selon certaines sources (non vérifiées) notre planète pourrait supporter l’impact d’une démographie :

Dans un premier cas, de 30 milliards d’individus vivant à la manière d’un paysan du Bangladesh.

Dans le deuxième cas, de 0,7 milliards d’individus vivant à la manière d’un citoyen américain moyen.

Ces chiffres apportent un éclairage assez cru sur le problème évident de la disparités des niveaux de vie et de la pression sans commune mesure exercée par les uns ou les autres sur l’environnement.

L’état de l’humanité, relevé à un instant "T", révèlerait une hétérogénéité telle que l’histoire nous la propose, entre l’époque proto-historique et le temps présent. Comment dans ces conditions, évoluer sur un mode consensuel ? Est-t-il possible d’additionner les nations comme des poires avec des carottes ?

Mais quel est donc le modèle du pauvre si ce n’est le modèle du riche ? Les images des sociétés développées où l’offre regorge (même si la demande patine un peu), parviennent chaque jour jusqu’aux confins du monde, perdus, par exemple, au milieu des glaces de la Sibérie. Le sibérien démuni ne comprendrait certainement pas qu’on lui intime l’ordre de ne rien faire pour pouvoir consommer d’avantage au nom de l’écologie planétaire !

Les migrations sont le corollaire des disparités et les flux financiers émis par les immigrés vers leurs pays d’origine [2] compensent celles-ci dans une certaine mesure. Mais elle prive les villages de leurs paysans et les pays de leurs forces vives.

Croissance infinie et puis après ?

Faites ce que je dis, afin de protéger l’environnement, mais ne faites pas ce que je fais !

La pire des choses pour un chef d’état américain, européen, japonais, chinois, indien, brésilien ou australien, etc. c’est de constater une baisse de l’indice de croissance de son pays. Toutes les politiques économiques et sociales qu’il a pu mettre plus ou moins en œuvre, seront obérées par cette croissance qui se fait attendre. Chaque entreprise ne se gouverne que par rapport à sa propre croissance. La stagnation, dans un univers compétitif, est le signe de la descente programmée aux enfers.

Imaginons un bref instant un directoire d’entreprise qui solliciterait de son directeur général la réduction de l’activité de production. Complètement impensable ! L’heure est au contraire, aux contrats d’objectifs pour les cadres de l’entreprise, toujours plus élevés et quelquefois démentiels pour faire face à la concurrence libre et non faussée.

Pour écouler toutes ces productions industrielles qui sont souvent des répliques entrant en concurrence entre elles, la publicité s’impose, agent inlassable et, oh combien envahissant, du consumérisme ainsi que les systèmes de crédits dont on connait les écueils actuellement (Titrisation et crise).

Mais ces objectifs à la hausse, s’ils sont le fait des économies libérales de type capitaliste, visant à accumuler toujours plus et à engager des masses de capitaux, concernent également d’autres types d’économies, planifiées celles-ci, motivées par une croissance nationale forte et le rattrapage d’un retard face aux autres pays. La croissance démographique peut aussi, dans certains cas, être le moteur de la croissance économique.

Mais cette croissance entraine, au-delà des disparités lorsque les nations sont de même niveau, de fortes rivalités. Celles-ci peuvent aller de la guerre économique dans un premier temps à la guerre des matières premières, devenues un enjeu vital, puis au réarmement massif et finalement en arriver à la guerre tout court...

Les impacts sur l’environnement

Ils ont innombrables et bien identifiés. On peut les classifier rapidement en deux grands genres :

1- Les prélèvements (mines - forêts - pétrole et gaz - eau - pêche - faune terrestre)

2- Les pollutions (sols - atmosphère - espace - eaux )

Les prélèvements sont suivis par les pollutions en bonne logique industrielle. La production de montagnes de déchets, les accidents industriels, les marées noires et l’urbanisation incontrôlée en sont la partie émergée de l’iceberg, selon la formule consacrée. boum à Fukushima

Les ressources fossiles sont forcément limitées et non renouvelables tandis que la pollution de l’atmosphère impacte dangereusement le climat.

Mais d’autres facteurs sont à prendre en compte dans cette histoire cataclysmique autant que programmée de la terre.

Les mauvais génies de la planète

Ce sont les freins majeurs s’opposant aux mesures environnementales qui seraient nécessaires à la préservation de notre planète terre. Ces freins peuvent être identifiés, en géopolitique, aux dérives des systèmes socio-économiques telles que :

- Oligarchie pour les systèmes occidentaux libéraux, appuyée sur le noyautage des pouvoirs, le lobbying et les économies parallèles

- Régimes autoritaires ou théocratiques (Dogmatisme opposé à l’évolution pour ces derniers)

- Corruption sous de très nombreux régimes (France = 25ème rang)

- Dictature et son corollaire la prédation des biens nationaux.

- Militarisation plus ou moins sous tous régimes.

- Sociétés mafieuses qui rassemblent tous ces critères à la fois ! Elles existent à peu près partout (Amérique du sud - Europe - Russie - Japon - etc.) et le système financier internationalisé est propice à leur développement "en col blanc".

Ce sont les six facteurs principaux qui s’opposent par leur nature propre à l’expression démocratique nécessaire au changement global des politiques sociales et environnementales. On pourrait, dans un registre différent y ajouter les habitudes culturelles (Consumérisme - pratiques obsolètes - individualisme - obscurantisme etc.).

Ces véritables gangrènes de l’humanité opposent des forces colossales et des pouvoirs inquiétants aux bonnes volontés écologiques et aux lumières qui ont beaucoup de mal à s’imposer.

Il est certain que ne pas laisser couler le robinet lorsqu’on se lave les dents est une excellente chose, profitable à l’économie de la ressource en eau potable, mais lorsque l’on apprend en même temps que le trafic aérien doublera d’ici à 2030 il y a de quoi rester perplexe ! Il y a là une énorme contradiction entre le discours environnementaliste et la réalité politico-économique.

En sortir par le haut

La globalisation peut-être perçue comme un progrès et certains n’attendent un changement éventuel que s’il est global, estimant qu’il n’est plus possible pour une nation d’agir par elle même, et qu’un effet de levier mondial s’impose à tous pour régler ces problèmes qui sont sans frontières. Cette conviction doit-être contestée car un tel délai sera nécessaire pour y arriver que les rhinos et les girafes seront déjà installés à Marseille depuis longtemps avant qu’on y parvienne !

La globalisation culturelle par contre, pourrait jouer un rôle très important. Une évolution rapide des différentes sociétés est en cours (Ex. pays arabo-musulmans) et l’alphabétisation progresse. La conscience du rapport existant entre la qualité de l’environnement et celle de la vie sociale se fait jour un peu partout malgré les disparités citées plus haut. La perception plus claire de la finitude de notre monde rapproche les consciences du nord de la perception et de la connaissance du sud.

L’absence de solution en dehors du partage équitable des biens de notre planète ainsi que de productions durables devient une évidence qui fait son chemin. Mais nous sommes encore hélas bien loin du compte.

Qu’on le veuille ou non, ces enjeux détermineront le cours d’une humanité qui contera neuf milliards d’individus en 2050.


[1194 en 2011 soit : 54 en Afrique, 35 en Amérique, 47 en Asie, 44 en Europe et 14 en Océanie, dont 193 membres de l’ONU

[2Chaque année 81 milliards de dollars transitent par le biais de l’immigration selon la Banque mondiale - 351 milliards selon d’autres sources (France Culture 28/02/2012)