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Philosophie + canicule =

Mon genou pense-t-il ?

vendredi 16 juillet 2010, par grand-Pierre

Les trente six degrés caniculaires ont un peu liquéfié mes neurones philosophiques. Mille excuses.

Chaque fois que mon véhicule passe sous un certain rocher, je lève l’index, sans que ma main ne quitte le volant, en guise de salut post mortem. Ne riez pas, braves gens, de cet élan mystique vers une âme que j’affectionnai et qui repose désormais et pour longtemps derrière ce ressaut de granit.

Sommes-nous si repoussants que celà ?

"...Frères humains qui après nous vivrez, n’ayez contre nous les coeurs endurcis..." [1]

Vanité, tout n’est que vanité et nous aurons peut être le privilège d’être un jour salués ainsi par nos survivants ; notre futur personnel s’amenuisant de jours en jours sans pour autant que nos désirs s’apaisent [2] ou que des réponses nous parviennent depuis l’au-delà mystérieux. Azote et nitrate, sucres et autres carbones, composants de nos organismes, reprendront un jour leur place dans l’espace naturel pour un recyclage incertain vers d’autres vies ou bien pour se confondre avec des éléments minéraux disparates et éparpillés .

Mon genou par exemple pourra servir à refleurir la montagne, lui qui s’est tant de fois plié pour gravir les rudes pentes cévenoles. Mais le percevra-t-il ? Devenu pivoine ou scorsonère aura-t-il la conscience de son nouvel état ? En un mot, conservera-t-il son âme ?

Organe voué presque exclusivement à la flexion, voir à la génuflexion pour les pratiquants, je l’imagine mal en roseau pensant. Il pousserait certes, mais dans une obscurité végétative désespérante, un vide conceptuel annuel ou vivace mais sans amélioration possible.

Alors, plantons plutôt le crâne. Lui seul pourra s’épanouir en un beau parterre de pensées. Mais ces belles pensées ne seraient-elles au fond rien que de l’azote et du nitrate ? Grave question que l’on devrait bien se garder de poser. Ces quelques paragraphes sublimes ne seraient-ils en fait que l’émergence codée de quelques impulsions électriques dans les synapses ? Un reflet d’azote traduit en français en quelque sorte ?

Vous voyez bien que nous ne sommes finalement que de grands vaniteux. Vanitas vanitatum, omnia vanitas sic transit gloria mundi. [3]

Ah, que les chiens sont heureux, eux qui reniflent le monde sans aucunes arrières-pensées au fond du crâne, du moins à ce qu’en pensent les humains...


[1F..Villon (Ballade des pendus).

[2Il est un fait reconnu que souvent (et fort malheureusement) lorsque le désir s’accroit, l’effet se recule.

[3vanité des vanités, tout est vanité, ainsi passe la gloire de ce monde.