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Le trou noir des mauvaises nouvelles

dimanche 7 novembre 2021, par grand-Pierre

Mais où sont passés le promeneur solitaire de Rousseau et sa chère dame nature, Pierre Dac, [1] la douceur angevine de Du Bellay, les langueurs océanes de Brel et la caresse fraîche de la branche enneigée au passage du skieur ?

Tous atteints

La poésie de l’ambiance n’est plus. Le calme, la sérénité non plus. Que de cuirasses, de vieilles peaux fatiguées, de traits tirés ne faut-il pas laisser derrière soi pour fuir le tohu-bohu (épouvantable) des mauvaises nouvelles et retrouver la paix, retombée à petits flocons avec la dernière chute de neige sur notre hameau endormi.

Cette neige qui assourdit tout les vacarmes, adoucit les contours et dont la vierge blancheur nous apaise est devenue à présent elle même un problème lorsqu’elle fait défaut. Rien ne nous sera donc épargné. De mauvaises trompettes nous assaillent de toutes parts et nous percent les tympans à longueur de saison pour nous apporter des informations plus déprimantes les unes que les autres.

Et ça marche ! Nous voici tous à présent tête basse, vitupérant l’époque ; couinant à n’en plus finir et tenant des conversations se terminant souvent par de funestes silences, plus évocateurs encore de la triste réalité que bien des discours.

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Munch - Le cri

Les plus énergiques d’entre nous, en Zola justicier, pointent les coupables de tous nos malheurs d’un doigt menaçant et affichent leurs certitudes au grand jour social des réseaux. D’autres, la majorité peut-être, apeurée, incertaine et sentant le pergélisol se dissoudre sous elle, entame, indénombrable, [2] le cœur lancinant des lamentations.

Pourtant, les oranges sont toujours bleues, les arbres ont encore des feuilles et j’ai dîné d’un délicieux pot au feu. Mais je me garderai bien de révéler ceci à mes contemporains sous peine d’être taxé d’autruche néolibérale.

Non, il ne faut pas demeurer sur le bord du trou (noir) mais s’y jeter collectivement et que la déprime se globalise, devienne totalement virale, qu’il ne nous reste plus qu’une longue et déchirante plainte à exhaler dans les profondeurs de la nuit. Brrrr !

Consolation

Ne disposant malheureusement pas d’une retraite ni d’une prodigalité suffisante pour faire les fins de mois d’un psychologue, j’ai du me débrouiller seul et mettre au point par moi-même la solution pour m’en sortir.

Arrêter de gémir et se mettre au travail. Car pour le coup, avec ce satané réchauffement climatique, il faut aller au charbon (si je peux me permettre de m’exprimer ainsi). La maison brûle ? Eteignons-la. Aussi simple que ça !

Et si ce travail, malgré la fatigue qu’il engendre, ne me fait pas plonger dans le sommeil une fois sur l’oreiller, je n’ai qu’à installer derrière ma paupière des images de réfugiés, de camps de misère, de dinkys surchargés d’enfants pour retrouver aussitôt le calme d’un petit français, qui bien que très très malheureux durant la journée s’endort le soir comme un bienheureux dans son petit lit moelleux.


[1Humoriste du siècle dernier ayant dirigé le journal satyrique l’Os à moelle.
A regarder sans modération : Une représentation filmée en 1957 avec Francis Blanche. https://www.youtube.com/watch?v=z444GQ4oAbY
Il est l’inventeur du Schmilblick, un objet « rigoureusement intégral, qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout ».
Et pour finir, une citation extraite de l’Os à moelle : "Le chaînon manquant entre le singe et l’homme c’est nous".

[2Excepté par la préfecture de police