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A chacun sa boule au ventre

jeudi 4 juillet 2019, par grand-Pierre

Des milliards de consciences s’éveillent.
Mais d’autres milliards continuent hélas de somnoler lourdement.
Meunier... Tu dors, ton moulin, ton moulin va trop vite !

Un monde fou, fou

Le monde n’est pas l’Europe, l’Europe n’est pas la France. La France n’est pas...

Dans aucune des 180 nations existant sur notre planète les données historiques ou économiques ne sont comparables. La diversité politico-économique se porte très bien merci. De fait et ceci en dépit de certaines instances internationales reconnues, le monde s’arrange comme il peut à coup de traités de gré à gré entre états qui se dénombrent par milliers.

Si la diversité biologique, elle, porte la Vie, les disparités nationales et les rivalités stratégiques et économiques mèneront le monde à l’impasse dans le contexte à venir de pénurie des matières premières de base (terres - eau - pétrole minerai etc.).

Le moment est pourtant venu d’apporter une solution cohérente aux problèmes de l’humanité... Mais les humains, ces locataires actuels de la planète, seront-ils jamais capables d’unanimité sur ces questions vitales ?

L’urgence et la navigation

Les ressources, les pollutions, le climat, la démographie se sont invités à l’ordre du jour des conférences internationales et une réelle prise de conscience commence à se faire jour, considérant notre monde comme en grand danger. Ces problèmes émergent, qui jusqu’à présent étaient ignorés ou peu s’en faut. Une urgence planétaire mettant en cause la survie même de l’humanité s’impose maintenant à nos consciences, même à celles qui étaient les plus sceptiques jusqu’ici.

Les COP 21/22/23/ et 24 tentent un peu pathétiquement d’apporter des réponses et des solutions de compromis sans que cela ne parvienne à changer la donne ni le cap. La barre de ce gigantesque navire qu’est l’humanité étant actuellement bloquée sur un logiciel de croissance par la production et les échanges commerciaux à grande échelle, la sophistication des besoins pour les plus riches et les engagements politico-militaires de certains états.

Le déséquilibre entre les classes sociales, entre les villes et les campagnes, entre les nations elles-mêmes, voir les continents, au lieu de se combler par un effet de ruissellement des bienfaits du libéralisme, [1] se creuse au contraire de plus en plus. Les portes du pouvoir s’ouvrent aux populismes et aux gouvernements autoritaires. La démocratie risque d’en être la première victime et n’a pas vocation à résister longtemps aux assauts des vagues du mécontentement populaire induit par ces déséquilibres.

On s’habitue c’est tout

Mais les lanceurs d’alerte, politiques, scientifiques ou militants sont-ils finalement si nombreux de par le monde pour que les choses évoluent favorablement ? Qu’en est-il dans les nations ou féodalisme et théocratie vont de pair ? Dans les pays où le revenu par jour et par habitant n’est que de quelques dollars ? Dans les pays dirigés par une junte militaire ? Dans les pays où les électeurs ont choisi la voie du nationalisme isolationniste et du rejet de l’autre ? Le compte n’y est donc pas.

Nos alarmes environnementales ne sont pas forcément celles de tous et le monde ne gravite pas forcément autour de nous. Loin s’en faut.

Pourtant ce monde ne va pas bien.

L’actualité, à force de nouvelles alarmantes se succédant au JT, émousse petit à petit notre sensibilité et notre révolte devant l’horreur ou l’injustice. Ma foi, tant que les cadavres sont au loin... Nous nous habituons petit à petit à l’inhabituel, à l’inacceptable. Mais il est bien là malheureusement cet inhabituel et les rapports internationaux sont en pleine détérioration.

Perdre la boule, rêve d’avenir

Ces foules planétaires innombrables, plèbe, savants, paysans, écologistes, financiers ou édiles gouvernantes, ne sont finalement, à bien considérer les choses, qu’une somme d’êtres individu. Chacun portant sa propre croix et sa propre existence.

Cette boule au ventre, paradoxalement si bien partagée sur notre planète par Homo sapiens et dont chaque individu est plus ou moins habité, c’est elle qui le mène vers son triste destin et qui lui noue les tripes sans jamais qu’il ne le laisse apparaître.

Dominant l’ego des individus elle conditionne les rapports humains.

Protéiforme, elle est à la fois ou en même temps la révolte, la colère, l’envie, la détresse et s’alourdit de nos propres angoisses. C’est elle qui nous fait courir, comme la peur de manquer, d’avoir faim ou au contraire la frénésie de l’accumulation. Elle peut être le moteur puissant du terrorisme ou au contraire de l’angélisme, confit en religion face au vide métaphysique. Elle est le cancer terminal, l’injustice ou le coût de la vie, la jalousie ou la cupidité. Les boules au ventre sont innombrables et chacun porte hélas la sienne.

S’en débarrasser ? Si seulement.

Leur présence ne se décèle pas par temps calme, lorsque le schéma collectif fonctionne correctement. Méfions-nous d’elle par contre si la tectonique des nations venait à les faire s’entrechoquer dans un avenir proche et que rien ne soit plus vraiment contrôlable. Les peurs surgiraient alors de nos abîmes personnels pour mener le monde à sa perte.

Ne cherchez pas de responsabilités ailleurs : Nostradamus n’a rien à voir avec cette prédiction ni ces religieux du douzième siècle qui annonçaient que les temps allaient venir. Ces redoutables boules au ventre nous condamnent à rester pour longtemps encore de simples mammifères ayant conservé leur réactions reptiliennes et pas beaucoup plus évolués en définitive que ceux qui sont en train de disparaître...

Perdre la boule finalement, serait la meilleure chose qui puisse nous arriver et qui se produira peut-être un jour lorsque les conditions seront devenues telles que ne dépendra plus que de la (bonne) volonté des hommes de trouver une solution d’avenir ou bien, à l’instar des lemmings, de préférer à toute autre mesure le suicide collectif.


[1"Les politiques néolibérales ont conduit, partout dans le monde, à une explosion des inégalités, sans pour autant favoriser la croissance et l’emploi, contrairement à ce que prônent les adeptes du ruissellement." - Extrait tiré du livre de Arnaud PARIENTY - diplômé de Sciences Po Paris, est professeur agrégé de sciences économiques et sociales : Le mythe de la théorie du ruissellement - Editions La Découverte