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DES PLANTES NETTOYEUSES QUI SE GAVENT DE METAUX LOURDS

mardi 16 novembre 2010, par grand-Pierre

Claude GRISON est professeure à l’université Montpellier II (CEFE > Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, CNRS Montpellier).
Chimiste expérimentée, elle développe, avec ses élèves, le concept d’éco-chimie (ECOCHIM) en relation avec des botanistes et mène un projet sur la restauration de terrains pollués avec le secours de certaines plantes adaptées à ces milieux difficiles.

Des plantes nettoyeuses qui se gavent de métaux lourds

Elles sont apprivoisées par une professeure de l’université de Montpellier, Claude Grison, et de quelques autres chercheurs et étudiants… Une histoire surprenante :

A partir d’observations de terrain certains botanistes (José Escarré)se rendirent compte que des plantes s’étaient adaptées au fil des années sur des sites extrêmement pollués par les métaux lourds tels, par exemple, que celui de Saint Laurent-le-Minier jadis exploité par la société METALEUROPE.

Ces métaux imprègnent les strates de scories minières répandues à l’air libre et un risque de dissémination par l’air et par l’eau est avéré. Afin de nettoyer et de stabiliser ces terrains en surface, (plutôt que de les confiner), l’utilisation de plantes qui s’imprègnent des polluants et fixent les sols semble très intéressante. D’autres sites ont été étudiés par Claude Grison tels que les mines de nickel de Nouvelle Calédonie qui induisent une pollution à grande échelle allant jusqu’à contaminer les eaux du littoral de cette île.

Un retraitement valorisant

Mais, direz-vous, lorsque ces plantes « métallivores » meurent, la pollution reste sur place. Le procédé consiste donc à faucarder les plantes et, dans un deuxième temps, à retraiter cette biomasse riche en minéraux par des procédés chimiques simples afin de valoriser des molécules à haute valeur ajoutée utilisables par les laboratoires pharmaceutiques ou l’industrie chimique. Cette phase de récupération « éco-chimique » a mobilisé les compétences de Claude Grison et de ses élèves pour mettre au point des processus d’extraction de ces molécules.

Ainsi, en 2009, un brevet international a-t-il été déposé sur ces procédés. Un second vient de l’être. Les synthèses réussies à ce jour concernent des produits chlorés (peinture – décapants – etc.), des indicateurs de basicité, une sonde fluorescente et une molécule médicamenteuse. Ces synthèses présentent l’intérêt d’être applicables par l’industrie et potentiellement rentabilisables ce qui donne à ce projet toute sa dimension.

Le CEFE du CNRS travaille avec de nombreux partenariats tels que l’ADEME, le CEMAGREF, la DREAL etc. La région et l’Europe sont également concernées. Les industriels aussi sont impliqués.

Sous-espèces métallicoles et indigènes

Les limites de ces applications sont liées aux plantes elles-mêmes. Leur évolution sur un site est spécifique à un biotope localisé. On ne peut donc disposer d’une espèce-type clonable et exportable tel quel vers d’autres sites à dépolluer. Il est nécessaire à chaque opération d’exploiter des plantes locales qui se sont adaptées avec le temps. Thlaspi cearulescens

Le système racinaire est également une limite infranchissable pour les effets dépolluants car sa profondeur est faible (pour ce qui concerne les plantes citées) et ne peut être étendue même par des modifications génétiques.

Sur le site de St Laurent-le-Minier, des essais de mise en culture de deux plantes ont été réalisés avec succès. Selon que le sol est plat ou pentu, différemment exposé, la mise en culture doit être adaptée. On voit qu’il ne suffit donc pas de réaliser des plantations homogènes mais que la conduite de ces expériences nécessite une approche très fine sur les niveaux botanique et horticole.

La leçon de tout cela : Les sous-espèces de plantes métallicoles sont rares, localisées, de petite taille et longues à pousser. Elles aideront volontiers l’être humain à réparer ses erreurs et à restaurer les terrains pollués à condition que celui-ci respecte à son tour leur écologie et leur cycle végétatif. [1]Au final, elles resteront les arbitres naturelles et donc les véritables patronnes de ce procédé génial.


[1De même les feuilles des arbres contribueraient également à dépolluer l’air - Voir le site http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/developpement-durable-1/d/depolluer-les-cov-de-lair-grace-aux-feuilles-des-arbres_25757/

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