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La querelle des anciens et des modernes dans la peinture... En bâtiment

samedi 1er octobre 2022, par grand-Pierre

Vous qui exécrez la peinture en bâtiment, lisez cet article...

Le compagnon peintre en bâtiment

Un compagnon dans les années historiques savait composer sa « sauce » à l’huile comme le cuistot de son côté, monte sa mayonnaise.

Les pigments colorés étaient vendus dans de petites caisses de bois de deux kilos et plongés une nuit dans l’huile de lin avant usage.

Ce compagnon connaissait les enduits gras ou maigres qu’il confectionnait également sur place. Dans la région parisienne et au Nord de la France, le peintre était également vitrier et pratiquait parfois aussi le décor (bois – marbre – filets) ainsi que la patine.

Il savait « tendre » une laque sur des enduits « ferrés » et poser correctement le papier-peint.

Alors, ce compagnon qualifié une fois à la retraite, on vit arriver les façadiers, les plaquistes, les lettreurs mécanisés et les tâcherons divers qui ne connaissaient chacun dans sa catégorie qu’un morceau seulement de ce digne métier.

L’échelle et le camion

Jamais ce brave homme de compagnon n’aurait envisagé de travailler sur un escabeau en alu et de mettre sa peinture dans un bac rectangulaire en plastique.

Le peintre travaillait jadis et je le fais toujours moi-même aujourd’hui, avec une échelle dite « parisienne » à deux montants en fuseau assemblés en haut par une simple clé. Le limousin (cordelette) relie les pieds de l’échelle de part et d’autre. Il en existe de plusieurs tailles. C’est l’engin le plus stable qui puisse exister. On peut se tortiller dessus : Il suit le mouvement et ne verse pas. On le tire, on le pousse sans effort au gré des besoins et à l’aide d’un crochet d’échelle, on y accroche solidement le « camion » de métal muni d’une grille à rouleau sur un barreau à bonne hauteur. Ces barreaux sont généralement en robinier.

Nous avons même travaillé à deux sur ce type d’échelle pour peindre des plafonds sans problème tant elles sont solides.

Le camion lui, en feuillard de tôle était de forme parfaitement cylindrique et disposait d’une anse solidement fixée au fût.
Il se déclinait en plusieurs tailles (entre environ 30 et 12 cm) qui pouvaient être empilées l’une dans l’autre. Après le travail on le nettoyait en faisant tournoyer une brosse à l’intérieur avec le diluant ad hoc.
Il était inusable, solide et stable et lorsque trop de vieilles couches de barbouille l’avaient encrassé, on le brûlait et il retrouvait sa jeunesse. Bien entretenu de la sorte il vous durait toute une vie.

Cinquante ans après mes débuts dans le métier, mon échelle parisienne et mes camions de tôle sont toujours parfaitement opérationnels…
Evidemment l’industriel qui les produisait ne devait pas en vendre des quantités tous les jours !

Techniques délaissées

Produire des imprimantes 3D, des matériels informatiques et des machines sophistiquées est une excellente chose et l’évolution des techniques autorise aujourd’hui le traitement génétique de certaines maladies. Personne ne s’en plaindra.

Mais pour l’outillage tout simple du compagnon peintre, je pense qu’il est en régression plutôt qu’en progrès. La tendance à considérer les techniques passées comme étant ringardes et dépassées ne se justifie pas forcément dans le cas de professions manuelles.

Nos cochons le savent bien dont les soies sont utilisées depuis des siècles (voir des millénaires) pour fabriquer les brosses ! (En peinture on ne dit pas « pinceau » mais « brosse »). Vous me rétorquerez que le pistolet « Airless » existe de longue date mais ce n’est pas le même usage. La brosse à peindre, elle, n’a jamais été remplacée.

Et les lames à enduire ? Des générations de peintre ont étalé et étalent encore leur enduit à l’aide de leurs « pelles », de préférence en fer doux, qui ne sont jamais aussi bonnes que lorsqu’elles sont usées.

Les professionnels de jadis auraient pu rendre bien des points à ceux d’aujourd’hui. Soyons donc modestes et regardons ce qui se pratique de nos jours : Ces escabeaux en alu, antichambre des services d’urgences, ces bacs en plastique, instables et difficiles à nettoyer, cet adhésif à masquer qui voudrait remplacer l’art du « réchampi », beaucoup plus facile et rapide à mettre en œuvre avec une brosse ad hoc, ces machines à poncer alors qu’un bon enduiseur ne ponce presque pas, sont-ils tout compte fait la marque du progrès ?

Les peintures

Sur un devis de peintre la peinture ne représente pas plus de 20% du montant global. Le restant consistant en main d’œuvre et en charges diverses. Il ne serait donc pas rentable d’économiser sur ce poste en mettant en œuvre des peintures de mauvaise qualité.

Mais si les médicaments affichent leur composition, il n’en va pas de même en peinture. Comment savoir si ce blanc-plafond en promo n’est pas chargé de broyat de coquille d’huître afin de réduire la masse du blanc de zinc ou de titane ?


Si tel enseigne de bonne réputation n’a pas été revendue à des margoulins et dont les prix ont survécu à ce changement mais pas la qualité ? Si ce mat n’a pas été excessivement dilué, l’eau coûtant moins cher que la peinture ? Si le taux d’agglutinant (résine acrylique par exemple) est réduit au minimum syndical dans cet emballage accrocheur ?

Au siècle dernier la fraude et le filoutage des fabricants était un sport national. Qu’en est-il aujourd’hui ? Vous ne le saurez que lorsque la peinture sera sur le bout de votre brosse !

Les grandes surfaces de bricolage ont leurs marques ou sous-marques, généralement de qualité moyenne ou inférieure. Cela peut suffire si l’on est pas trop exigeant. Attention toutefois aux promos par trop engageantes !

Il existe des marques reconnues et utilisées par les professionnels, dont les qualités leurs font gagner du temps et de l’argent. Exemples : Guittet - Seigneurie - Zolpan - Julien - Sikkens et... bien d’autres. Ces produits, souvent spécialisés, sont chers. Mais si l’on considèrent qu’ils sont peu dilués et que leurs composants sont fiables, ce n’est pas si cher finalement. Beaucoup moins cher que d’avoir à remettre une couche sur un plafond qui est mal couvert.

Ces marques proposent souvent un "système de peinture" incluant les couches de primaires et/ou des peintures "techniques". C’est aussi un gage de qualité.

Le musée des outillages

Désespérément, j’ai recherché sur le Net l’échelle parisienne et le camion de tôle qui m’ont rendu tant de services. Mauvaise pêche ! Cela ne se trouve plus nulle part excepté sur des sites de décoration vintage pour suspendre les corbeilles fleuries dans les jardins bourgeois ! (Et de plus c’est très cher !).

J’en suis tombé de haut et j’ai brutalement compris que j’étais devenu une personne âgée, (ce que j’ignorait jusque là), nostalgique du passé autant que rétive au modernisme.

Mais avant de disparaître avec mes camions de tôle au fond d’un musée des arts et techniques populaires, je vous ai rédigé en PJ un petit mémento à destination des personnes souhaitant en savoir un peu plus avant de repeindre leur intérieur. Ça peut servir à condition d’en faire son profit et de le lire avec attention.

Bonne lecture donc et bon courage

Accrochez-vous au manche… J’enlève l’échelle !