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Gironde et Landes, les mégas feux

lundi 27 juillet 2026, par grand-Pierre

Des dizaines de milliers de personnes déplacées, des centaines d’habitations détruites et ce feu inextinguible malgré des renforts de pompiers très importants.

Est-ce ce scénario que l’on reverra chaque saison à venir lorsque les canicules gagneront en intensité ?

Inévitables interrogations

Hier la forêt d’exception de Fontainebleau, les grands feu de l’Aude et aujourd’hui la Gironde et les Landes, les incendies de forêt se multiplient et sont extrêmement difficiles à combattre. [1]

Les aléas climatiques et les canicules à répétition entrainant des sécheresses importantes en sont les facteurs déclenchants en augmentant le risque de départs de feux.

Mais il existe deux autres raisons importantes à ces terribles catastrophes :

  • La monoculture d’arbres résineux [2]
  • L’urbanisation en milieu forestier ou à ses abords.
     [3]

Une sylviculture obsolète depuis 1949

1- Si, depuis le grand incendie en Gironde de 1949 (qui avait fait 82 morts) les moyens d’intervention ont été conséquemment développés et qu’un plan de défense de la forêt contre les incendies (DFCI) a vu le jour, la sylviculture dans ces régions n’a guère évoluée et l’on continue de reboiser de grandes surfaces en résineux, ce fameux pin des Landes dons la résine donnait une fois transformée de l’essence de térébenthine. C’est dire si ces plantations sont inflammables.

Ce qui était encore envisageable du temps où le climat était moins impacté et ou le risque d’incendie était plus faible ne l’est plus aujourd’hui.

La science forestière a depuis beaucoup appris et démontré la fragilité au feu et aux tempêtes, voir aux maladies des plantations d’arbres monospécifiques et leur très faible résilience. Il existe là un impératif économique qui prend le pas sur une gestion au long terme prenant en compte les exigences de la bio diversité.

Le centre sud ouest était autrefois, avant les travaux de drainage et les plantations de résineux, un territoire très varié de massifs forestiers et de zones humides pâturées, quelquefois marécageuses. Les fameux bergers landais sur leurs échasses pouvaient en attester.

Cette mise en valeur de terrains peu productifs a conduit à planter la plus grande forêt artificielle en Europe avec... Une seule essence. [4] On constate hélas aujourd’hui que cela n’est pas la solution.

Urbaniser la forêt, un non sens

2- Il y a des infrastructures industrielles dans le bordelais et une dynamique économique qui nécessite d’urbaniser les alentours. Urbaniser aux abords ou à l’intérieur d’une forêt instable représente pourtant une prise de risque lorsque l’on sait que 90% des départs de feux ont une origine humaine.

Certes, le réchauffement climatique joue un rôle dans l’accroissement du nombre de sinistres mais si l’on maîtrisait l’urbanisation en la réalisant hors des zones à risque on diminuerait considérablement les incendies forestiers.

Ceci dit il existe des solutions connues pour maîtriser les risques de feu.

Outre la diversification des essences replantées (avec le chêne Tauzin par exemple pour reboiser les Landes en mélange avec le pin Maritime),

Chêne Tauzin
Chêne Tauzin

de (très) vastes espaces exempts de forêt devraient être réalisés autour des zones habitées. Des coupe-feu seraient multipliés et étendus. Les obligations légales de débroussaillement (OLD) seraient renforcées et leur application contrôlée. [5] Ces évolutions préventives pourraient faire l’objet d’une directive opposable aux propriétaires fonciers ce qui serait d’ailleurs dans leur propre intérêt.

Les propriétaires qui bâtissent en forêt landaise ou à proximité doivent être informés au préalable par les municipalités qui leur délivrent les permis de construire du risque qu’ils prennent pour leur habitation et pour leur vie et ne pas trop compter sur des secours souvent en difficulté dans le cas des mégas feux. Au reste ces même municipalités pourraient être soumises lors de l’élaboration des PLU (Plan Local d’Urbanisme) à un zonage spécifique « à risque d’incendie », soumis aux contraintes citées plus haut, comme on le fait pour les zones inondables.

L’application de l’ensemble de ces mesures, certes contraignantes, empêcherait à terme que les mégas feux ne se reproduisent lors de chaque canicule. Mais ne vaut-il pas mieux quelques contraintes acceptées que la perte de vies humaines ainsi que de dizaines de milliers d’hectares parcourus par le feu ? [6]

Sylviculture mélangée à couvert continu

D’une façon générale en France la sylviculture ayant une stratégie du court terme devra évoluer vers une sylviculture mélangée à couvert continu là ou cela est possible. [7] Les coupes rases et les plantations monospécifiques à récolte précoce devront être évitées MEME SI LES RESULTATS ECONOMIQUES EN SONT AFFECTES. Car ce que coûte à la collectivité une catastrophe comme celle que l’on connait en ce moment revient bien plus cher que les quelques parts de bénéfice qui pourraient être perdues. [8]

Et si conforter le parc des moyens aériens de lutte contre l’incendie serait une bonne chose globalement, ce n’est pourtant pas la solution miracle de même que les climatiseurs ne sont pas forcément la bonne réponse face aux épisodes de canicule. Traiter les effets n’est pas en traiter la cause. [9]

Conclusion : Toujours un problème de rentabilité passant avant la sécurité

Il est possible, si l’on en a conscience, de diminuer l’impact du dérèglement climatique mais il faudrait pour cela une volonté partagée et ceci au premier chef par les décideurs économiques et politiques.

Probablement qu’une grande majorité de citoyens souhaite voir évoluer la société humaine vers une relation apaisée avec la nature quitte à changer quelque peu les règles de la consommation. Mais d’autre part de puissants lobbies travaillent à sauvegarder leurs intérêts, étant inscrits dans une féroce compétition avec leurs concurrents (industrie du matériel forestiers) ou bien représentant les intérêts des propriétaires privés. Ayant accès aux médias et détenant des moyens financiers illimités ils manipulent l’opinion tout à leur guise. [10]

Les énergies fossiles, responsables des aléas climatiques, semblent devoir être utilisées jusqu’à la dernière goutte de pétrole, jusqu’au dernier mètre cube de gaz et jusqu’au dernier morceau de charbon....

Ce n’est plus le temps des discussions

Le temps des questions et des réflexions est malheureusement révolu. Plus nous tardons à réagir, plus cher, nous et nos enfants, le paierons. Si nous ne voulons plus que nos forêts brûlent c’est d’une série d’actions efficaces dont nous aurons besoin maintenant plutôt que de l’enfumage des lobbies.

Portfolio


[1Les mégas feux et la très forte chaleur qui s’en dégage entraine la formation au-dessus des bois d’un cumulonimbus atypique activant des vents d’une force et d’une vitesse exceptionnelle ainsi que d’une direction aléatoire ce qui rend le travail des secours extrêmement difficile.

[2Ce qui correspond à une plantation plutôt qu’à une forêt.

[3On peut parler également de déprise agricole mais ce n’est pas le cas des Landes.

[4L’essence de térébenthine bien évidemment !

[5Actuellement en France seulement 30% d’entre elles sont réellement mise en œuvre par les propriétaires.

[6Quatre millions de tonnes de bois brûlé à récupérer qui seront vendues à prix cassé.

[7Désigne une sylviculture qui fait place à plusieurs espèces (feuillus et résineux) et à des arbres d’âge et de taille différents.

[9

Citations du Canard enchaîné 29/07/2026 :

Octobre 2022 Emmanuel Macron annonce le renouvellement de notre flotte de douze canadairs d’ici la fin de son mandat plus quatre nouveaux engins commandés à Havilland (Canada).
Finalement la France n’en commandera que deux à l’UE et en 2024 Gabriel Attal premier ministre ne commande que deux des quatre avions canadiens prévus en supplément et dans le même temps « sucre » 53 millions d’euros destinés aux moyens aériens de la Sécurité civile... Depuis Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur, alerté par les mégas feux, les a commandé à nouveau mais ils ne seront livrés qu’en 2033 !
Notre flotte de vieux canadairs est souvent clouée au sol faute de pièces détachées. (Au plus fort de l’incendie de Gironde, seuls 5 canadairs étaient disponibles).
Pour subvenir à ses besoins la France est contrainte de louer des avions . Coût = 30 millions par an.
L’A400 militaire d’Airbus peut être aménagé pour le service incendie mais il lui faut deux heures pour intervenir depuis sa base d’Istres sans compter le temps de rechargement. (Il ne peut écoper comme le canadair). Entre le 25 et le 28 juillet il n’a réalisé qu’une dizaine de largages...
Et puis ce bel avion n’a pas été conçu pour des largages sur feux qui nécessitent une structure adaptée.

[10Principaux acteurs en France :

- Union de la Coopération Forestière Française (UCFF) : Fédère les grandes coopératives forestières (comme Alliance Forêts Bois ou Unisylva) et défend l’intensification de la gestion forestière et de la production ligneuse.

- Syndicats et fédérations de propriétaires : Représentent la forêt privée, souvent pour préserver les avantages fiscaux ou alléger les contraintes réglementaires sur les coupes.

- Acteurs de la transformation et de l’industrie : Pôles et clubs sectoriels influençant la stratégie industrielle de décarbonation, l’affectation des aides publiques à la plantation et les usages énergétiques ou industriels du bois.

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