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Et pour quelques dollards de plus...

Planète à vendre - un reportage sur la chaîne Arte le 19 avril

lundi 25 avril 2011, par grand-Pierre

Après l’énergie et l’industrie, la marchandisation du vivant (semences et brevets), voici la terre arable elle-même qui vient faire un tour sur les marchés.

Le joli temps des colonies...

D’abord ce furent les colons espagnols en Amérique du Sud, puis au 19ème siècle, les états d’Europe se partagèrent les dépouilles du continent africain, principalement l’Angleterre et la France. Le sabre allié au goupillon furent les instruments classiques des puissances occidentales pour accaparer des régions immenses dont ils tracèrent les frontières au cordeau sans se préoccuper des nations ni des ethnies qui les occupaient. A l’heure actuelle, de nombreux conflits ethniques africains perdurent à cause de cette aberration coloniale.

Le vingtième siècle fût celui de la décolonisation. Sous la pression des peuples revendiquant leur liberté les anciennes colonies acquérirent leur indépendance, souvent au prix du sang. Les puissances y trouvèrent quand même leur compte finalement en économisant les charges affectées à la gestion directe de ces territoires pour n’en conserver que l’exploitation des matières premières nécessaires à une industrie en plein essor. Ainsi la France-Afrique (France à fric) vit-elle le jour et les potentats locaux prirent le relais sur les colons. A la condition bien sûr de ne pas gêner les intérêts des néo-coloniaux, ils reçurent l’appui et la protection directs de l’étranger.

Des dictatures qui ont trop duré

Aujourd’hui le changement envahit l’actualité, avec la vague libératoire des peuples arabes et nous montre des dictateurs usés en fâcheuse position et leurs nombreux soutiens diplomatiques se faisant plus discrets. Les gouvernants du Nord faisant maintenant mine de s’offusquer devant les répressions sanglantes, alors que leurs pères eux, n’hésitaient pas à tailler et à estoquer sans état d’âme lorsque les populations se révoltaient (Sétif - Algérie 1945 > 15000 morts).

Pourquoi faire la guerre s’il suffit de payer ?

Mais une nouvelle colonisation est à l’œuvre : La location avec bail emphytéotique de 90 ans ou l’achat des terres arables par les nations et les fonds de pension.

Arabie saoudite, Inde, Chine mais également les grands investisseurs s’attaquent désormais à une ressource d’avenir : La terre. Les prévisions démographiques à la moitié du siècle sont de neuf milliards d’habitants pour notre planète. Les terres riches et irrigables sont inégalement réparties dans le monde et deviennent une valeur marchande à fort potentiel pour les investisseurs et, stratégiquement pour les états, comme l’assurance de pouvoir subvenir aux futurs besoins de leurs populations.

A qui achète-t-on ? Aux plus démunis bien sûr. Là ou le droit de propriété n’existe que pour les états ou là où d’immenses domaines sont accessibles. Ces domaines étant déjà d’ailleurs la propriété des spoliateurs locaux qui ne font que revendre leur bien (biens acquis de quelle façon ?). Les prix d’achat ou de location sont souvent dérisoires si on les compare aux enjeux vitaux que cela représente. Il y a aussi les productions à bas coût de main d’œuvre : Que peut apporter une exploitation qui produit un millions de roses par jour à la population locale ? Et toutes ces roses prennent l’avion bien entendu.

Des moyens colossaux sont engagés

Si je vous parle de colonisation c’est que ces "achats" ou ces "locations" se mesurent en centaines de milliers d’hectares pour chaque opération. Trois cent mille hectares, cela correspond à un carré de cinquante kilomètres ! Que deviennent ceux qui se trouvaient dans ce carré ? Ils grossissent les rangs des pauvres entassés à la périphérie des villes, privés de droits et de recours. Quelques uns travaillerons sur place pour des salaires "locaux" et un droit du travail inexistant. Ceux qui se rebiffent iront en prison.

Ce nouveau colonialisme inquiète car il s’agit maintenant d’une compétition pour l’accès à la terre et la concurrence sur les marchés tend à accélérer et à amplifier le phénomène. Nous sommes très loin de la gestion Plantation de palmiers à huileraisonnée et du développement durable dont nos oreilles sont rebattues en France. Les nouveaux exploitants utilisent tout l’arsenal chimique et transgénique à leur disposition et introduisent des cultures comme le soja transgénique et le palmier à huile (sans parler de ces fameuses roses) !

Un piège redoutable

La confiscation des terres cultivables au profit d’intérêts extra-nationaux ou purement financiers si elle se généralise, aura des conséquences incalculables sur la vie des populations locales. Mais elle aura également un impact écologique négatif sur des terres jusqu’ici préservées des intrants et des pesticides. Les cultures vivrières indispensables à l’alimentation des habitants risquent de devenir rapidement insuffisantes si le rythme de ces spéculations s’accélère. Les états n’auront plus la possibilité de mettre en place une politique agricole indépendante. Il s’agit donc bien de colonialisme financier.

Bientôt ce sont les ressources en eau qui seront captées de la sorte. Et que restera-t-il à ceux qui sont sur place ? L’air peut-être encore pour quelque temps avant que les investisseurs ne le mettent en bonbonnes.

Allez donc voir ce documentaire sur Arte :

http://planete-a-vendre.arte.tv/