Le chemin de Aumont Aubrac à Saint Guilhem
Proposer des itinéraires historiques intéressants aux randonneurs. Un enjeu économique.
Le nez au vent
Marcher pour marcher, par une sorte d’hygiénisme fonctionnel, ne concerne pas le randonneur thématique. Celui-ci rythme ses pas sur ceux, les millions d’autres, qui ont parcouru l’histoire sur les mêmes itinéraires à l’époque reculée ou les routes étaient encore des chemins.
Que de bonheur en perspective à gouter les paysages, appréhendés de façon diverse, historique bien sur, mais également naturaliste, forestière ou agricole voire, gastronomique ! Notre doulce France et notre vénérable Languedoc nous réservent encore bien des plaisirs... à pied.

Le "Vieux Campeur" a essaimé et ses petits attendent maintenant que l’on dispose sous leurs chaussures techniques des kilomètres de randos culturelles et des points d’étape confortables. C’est très bien.
Alors, faisons-le !
Les acteurs touristiques ont depuis longtemps déjà compris quel gisement reposait sous les pas des randonneurs contemporains. Les fameux géaires qui traversent le pays et proposent de nombreuses variantes offrent une excellente assise sur laquelle disposer de nouveaux itinéraires thématiques.
Le désormais quasi institutionnel Chemin de Stevenson en est un exemple qui voit chaque année des milliers de marcheurs au long cours l’ajouter à leur palmarès. Plus récemment le Chemin de Régordane, reliant le Puy-en-Velay à Nîmes, a été balisé, et, suprême consécration, baptisé en GR 700.
Le chemin de Saint Guilhem
Celui qui nous intéresse ici est un ancien itinéraire des "romieux" (pélerins) vers Saint Jacques de Compostelle. Depuis Aumont-Aubrac à Saint Guilhem-le-Désert.
Je renvoie ici le lecteur vers le très bon article sur ce sujet de notre ami Pierre Valette dans la revue Patrimoine 30 [1](Hors série N°20).
Cet itinéraire, en descendant de Lozère et du plateau granitique de l’Aubrac, passe à La Canourgue, Sainte Enimie, franchi le Causse Méjean, traverse de part en part le massif de l’Aigoual, se promène au Vigan et remonte vers le Cirque de Navacelles pour se diriger ensuite vers St Guilhem et son abbaye de Gellone.
Comment ne pas sauter sur cette occasion de voir transiter par le Vigan un nombre important de visiteurs intéressés et... intéressants à plus d’un titre. La route Régordane a apporté en son temps la prospérité sur son passage au point que les évêques et les nobliaux se disputaient pour y installer des péages ! Le chemin de Saint Guilhem, version 2009, pourrait, certes plus modestement, apporter quelques retombées économiques (mais sans péage !) et aussi en terme d’emploi.
Comment s’impliquer dans ce projet ?
Comment accueillir ces visiteurs sympatiques, les accompagner afin qu’ils puissent garder de leur transit chez nous un souvenir agréable ? Là réside le challenge.
En semant des éoliennes sous leurs pas ? Non, je plaisante. Sans doute faudra-t-il regarder de près les étapes et donc les gites d’étape le long du parcours. L’entretien du chemin, son balisage et son nettoyage devront être assurés régulièrement.
Il faut ici saluer le travail déjà accompli par les lozériens pour baliser cet itinéraire de grande qualité. Serons nous, ville du Vigan et Pays viganais, mais également département du Gard, suffisamment efficaces pour le tronçon qui nous concerne ? Il existe un blocage actuellement sur le financement entre les différents départements. Il y a lieu de faire en sorte que les problèmes soient mis à plat pour avancer rapidement sur ce dossier.
La réhabilitation d’un bâtiment communal ancien en gite d’étape de qualité est envisagée au Vigan. Mais c’est l’ensemble du tronçon qui doit être concerné par ce projet. Je pense bien sur aux aménagements touristiques et culturels prévus sur Blandas et Navacelles, très intéressants, comme la maison du Causse ou l’aménagement du Belvédère de Blandas.
La logique voudrait également que l’on puisse organiser les points d’étape répartis de façon cohérente sur l’itinéraire. Un gite d’étape à Blandas serait judicieux pour accueillir les marcheurs en provenance du Vigan. De même qu’un service de transport de bagages pourrait être envisagé. Ce sont là bien sur des propositions encore loin de la réalisation !
Enfin, la publication (topo-guide - dépliant) et surtout la promotion du chemin de Saint Guilhem devraient être à la hauteur de l’enjeu et disposer de moyens conséquents. (Inter départementaux)
Des chemins qui "marchent"
Concluons : Les chemins de Saint Jacques "marchent" bien, si l’on peut définir ainsi le rendement commercial d’un chemin (quoique l’esprit markéting n’imprègne que modérément le milieu des randonneurs). Se contenter d’un vague balisage et d’actions non coordonnées n’est pas la solution.
Au contraire, le rassemblement des volontés et des compétences sur une telle affaire fera la différence. Et si cet itinéraire prestigieux connaissait le succès que nous lui souhaitons, il pourrait devenir un axe touristique majeur en Pays Viganais.

Quelques photos des régions parcourues :
Plateau d’Aubrac en janvier

Gorges du Tarn - Les détroits

Les grands causses

L’Aigoual - Le point sublime

Pins sur la Luzette

Vieux pont au Vigan

Cirque de Navacelles vue des corniches

Cirque de l’Infernet - St Guilhem le Désert

Photographie P.Muller - Droits réservés
Cet article a été actualisé le 19/11/2008.
[1] La revue Patrimoine 30 est en vente dans les maisons de la presse du Vigan , de Ganges et de Saint Hippolyte et bientôt à Valleraugue. Il est consacré à "La Régordane" presque essentiellement.Il a 56 pages et coûte 6 Euros.


