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Retrouver la mémoire de la forêt

samedi 6 décembre 2025, par grand-Pierre

A quoi ressemblent les forêts aujourd’hui, comparées à celles des siècles passés, et à quoi avons-nous accès, du point de vue des usages ? Savons-nous, dans nos sens, dans nos pratiques, la différence entre hier et aujourd’hui ? Comment a évolué notre rapport avec la forêt, et se rend-on compte qu’elle n’est plus la même qu’il y a deux cent, trois cent, mille ans ? (Les informations de cet article sont extraites du site de l’association Francis Hallé pour la forêt primaire - Auteur des extraits : Felice OLIVESI).

Le poisson panné

« Dessine moi un beau poisson » aurait pu dire le petit prince perché sur sa planète minuscule à cette petite fille du cours élémentaire. « Un beau poisson ? » Elle aurait alors soigneusement dessiné pour le Petit Prince un joli carré jaune : Un poisson surgelé enduit de sa chapelure. Cette anecdote, mainte fois répétée n’est peut-être pas vraie. Mais elle illustre bien le fossé culturel qui sépare les générations d’aujourd’hui d’avec la nature.

Un jour sans doute aurons nous oublié les poissons mais aujourd’hui nous ignorons le plus souvent ce qu’était notre nature auparavant. Nous ne pouvons donc pas comparer, par exemple, une forêt actuelle à nos forêts anciennes, ne serait-ce qu’à une simple génération de distance.

Plantation de pins en ligne - Ceci n’est pas une forêt ! C’est un champ d’arbres...

Dans le cas des forêts du passé, les sauvages comme celles utilisées par l’homme, le problème est que ce que nous avons oublié nous manque . On a constaté que des études réalisées par de jeunes scientifiques, qui avaient pris pour base les données connues au début de leur carrière, étaient déjà obsolètes, la dégradation de la biodiversité étant antérieure à cette étude.

Qui se souvient des centaines d’insectes écrasés sur nos pare-brise lors de nos déplacements ? Bientôt plus personne. [1] Des bleuets et des coquelicots dans les blés ? Personnellement j’ai eu la chance enfant de passer mes vacances d’écolier dans la petit ferme de mon oncle et d’avoir connu tout ça. Mais j’approche les quatre-vingts ans... [2]

Une adaptation fâcheuse aux nouvelles réalités

Prenant le contrepied de Lavoisier je dirais : Au niveau de notre conscience, tout fini par se perdre et se transforme. Les nouvelles générations ignorent ce qu’était l’environnement ancien et ne peuvent réaliser à quel point la nature à été anthropisée. Et si ce n’était qu’une histoire de bleuets !

Aussi, si la conscience des changements qui ont eu lieu fait défaut, comment ces nouvelles générations comprendront-elles qu’il est urgent de réagir et de sauver ce qui peut l’être ? Elles risquent plutôt de ne rien appréhender de ce qui a été perdu et de considérer une nature profondément dégradée comme étant un état normal, n’ayant rien connu d’autre.

Si cela est constaté pour les citoyens lambdas alors comment demander aux responsables politiques de renverser la vapeur ?

Petite histoire de la forêt

Il y a environ 12000 ans, à la fin de la dernière glaciation, les arbres comme le bouleau et le pin recommencent à coloniser nos régions (8000 ans). Puis apparaissent d’autres essences : Noisetiers et chênes (6000 ans) puis hêtres et épicéas, ifs (2500 ans). Une forêt primaire se met en place durant ces nombreux millénaires, remontant en Europe, du sud au nord, grâce au climat devenu plus clément.

Dernière glaciation le Wurm à son maximum il y a 21 000 ans (A pris fin il y a 12 000 ans) - Répartition des écosystèmes à cette époque - Crédit image Wikipédia

Toutefois la forêt ne recouvre pas tout l’espace. En fonction de la topographie, de l’altitude, de la faune, de la nature des sols et de l’hygrométrie certains espaces restent libres. Tourbières, marais et landes constellent le paysage de cette époque.

La pédofaune nous révèle des quantités inimaginables d’organismes actifs dans la dégradation et la transformation de la matière organique des sols

Cette forêt ne ressemble en rien à ce que nous connaissons aujourd’hui. Elle est belle, riche, profonde et peuplée de tous les animaux sauvages. De très grands arbres voisinent avec les nouvelles pousses et toutes les essences y sont présentes. Le bois mort se décompose au sol. Cette forêt dispose d’une incroyable richesse biologique, notamment dans l’humus, [3] dont les organismes qui y persistent aujourd’hui ne sont que les modestes descendants.

Au néolithique (6500/4700 ans) les défrichements nécessaires à l’agriculture naissante prennent de l’ampleur. Les outils de métal vont remplacer les silex et autoriser l’abattage de troncs de gros diamètre. Le bois est également utilisé pour des usages comme le chauffage, la cuisine ou les forges, la construction de clôtures et de charpentes.

Les forestiers anciens pratiquaient le « furetage », technique qui consistait à sélectionner certains arbres sur pied, selon l’usage qui leur était destiné, puis de les façonner encore verts et à la hache avant de les installer en place. Le séchage et le retrait partiel du bois intervenaient ensuite, une fois la charpente montée. Il était possible de sélectionner des arbres de formes courbes, par exemple pour les membrures des navires. Ils prenaient leur temps pour traiter les bois récoltés ce qui leur assurait une longévité de plusieurs siècles. L’ennemi du bois de charpente est le champignon décomposeur. [4]

Les besoins étaient importants et les archéologues ont observé que, déjà à cette époque lointaine, les abords de la Méditerranée avaient été déboisés et envahis par le maquis.

Charpente en châtaignier - Photo de Halle aux Blés, Fère-en-Tardenois (16e siècle)
Remarquez la taille des poutres !

Du IXe au XIIIe siècle les défrichements sont de plus en plus importants. Les forêts secondaires (régénération sur coupes) font leur apparition. C’est de cette époque que datent les premières chartes régulant les usages du bois.

Écorçage, nettoiement, façonnage des troncs et du bois de chauffage, Théophile Schuler, Illustrateur - Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Entre le XVIIIe et le milieu du XIXe siècle on peu considérer que la forêt primaire n’existe plus. La faune à partir de là ne dispose pas de l’espace suffisant et nécessaire ; des espèces sont éradiquées (loup 1914). Les besoins en charbon de bois explosent pour alimenter les fours des verriers et les fours à chaux. Le déboisement dénude les pentes des montagnes devenues stériles et entraîne de graves problèmes de ravinement. Les fleuves se retrouvent ensablés. C’est également la période ou sont mises en place les règles de gestion. Déjà au dix-septième siècle la grande ordonnance de Louis XIV sur les eaux et forêts réglemente l’intégralité des forêts du royaume, quels que soient leurs propriétaires (Colbert 1669). Ensuite fut créée l’Ecole forestière de Nancy (1824) Puis le Code forestier (1827).

Il faut noter qu’à cette époque et à celles qui l’avaient précédée, la régénération sur coupes était laissée à la nature. Les taillis sur cépée étaient protégés pour que les rejets s’accroissent sans problème sur le pourtour de la souche. Les coupes rases épargnaient quelques arbres reproducteurs qui engrainaient le sol. En lieu et place de la simple collecte, la sylviculture s’orientait désormais vers une gestion forestière organisée.

A l’époque contemporaine la forêt française reprend de l’espace, surtout dans les sites difficiles d’accès et peu valorisants. Ceci est principalement dû à la déprise agricole. Par ailleurs l’urbanisation galopante, les plantations d’arbres résineux, (L’enrésinement remplace de plus en plus les forêts de feuillus), le remembrement agricole en grandes pièces de cultures ne laissent que peu de place aux forêts naturelles. Les haies entre les pièces cultivées disparaissent plus qu’elles ne gagnent. La pollution chimique impacte très gravement les forêts du Grand-Est. Mais où sont donc nos magnifiques forêts primaires d’antan ! [5]

Association Francis Hallé pour la forêt primaire

Puisque nous n’avons plus de forêts primaires, recréons-en une !

Soixante-dix mille hectares suffiraient à ce que la nature par ses seuls moyens, reconstitue la forêt des origines ; à condition de laisser ces hectares parfaitement tranquilles plusieurs siècles durant, ceci bien entendu sans aucune intervention humaine. Aussi lorsque les interlocuteurs de Francis Hallé lui demandent ce qu’il compte faire dans cette forêt expérimentale, il peut leur répondre avec un clin d’œil : Rien du tout !

Ces soixante-dix mille hectares constituent le seuil au-dessous duquel la faune sauvage aurait des difficultés à se reproduire. Vingt-six kilomètres carrés, ce n’est pas si grand finalement et cette réserve intégrale chevauchant deux états européens pour mieux la protéger des changements de régime politique présenterait de nombreux avantages.

« La mise en place du projet porté par notre association pourrait être un élément de référence intéressant. Par l’observation de l’évolution naturelle d’une forêt laissée libre, les scientifiques et les forestiers pourront progresser considérablement dans leur compréhension de toutes les forêts, et les visiteurs [6] pourront expérimenter la différence entre cette forêt témoin et les autres boisements qu’ils connaissent.

A côté de toutes les forêts de production, celle de notre projet sera utilisée autrement. Elle sera une forêt à regarder, à apprendre et à admirer, et une inspiration, nous l’espérons, pour les forestiers du futur. » Felice OLIVESI

Afin que l’installation de cette forêt soit attractive et économiquement productive, une zone tampon plus ou moins étendue pourrait développer des projets dédiés à l’agroforesterie. [7] Quantité d’éléments intéressants pourrait également voir le jour : Centre d’information - Permaculture bio etc. La créativité pourrait s’exprimer autour de la future forêt primaire et apporter une nouvelle ressource à ce territoire.

Actuellement, de nombreux contacts ont été réalisés, avec l’Europe, les élus, les décideurs locaux et des commissions scientifiques. La mise place d’un réseau s’esquisse entre de nombreux acteurs. Le territoire envisagé se situerait dans les forêts du Grand Est de la France, dans les Ardennes ou les Vosges.

Mais une telle mise en œuvre nécessite l’adhésion des populations locales et ne saurait voir le jour sans la volonté de réussir ensemble ce challenge ambitieux.

Le site de l’association.

L’association compte à peu près quatre mille adhérents et il est très facile de la soutenir en participant. Pour adhérer ici


Grand-Pierre, l’administrateur de ce blog donne des conférences pour le compte de l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire.
Le sujet : LA FORET NATURELLE. Durée 1h30 à2h. Tout public
Si votre association ou votre commune se situe dans le Gard, l’Hérault ou le sud de la Lozère vous pouvez le contacter par le formulaire de l’article en indiquant un moyen de vous joindre. (Vos coordonnées ne seront pas publiées).
Les conférences sont données àtitre gracieux. Seuls les frais de déplacement sont facturés. Soyez nombreux àcandidater en 2026 !


[1] En 20 ans, l’Europe aurait perdu 70 % de ses insectes volants.

[3] (Un dé à coudre d’humus contient 90 millions d’organismes microscopiques !)

[4] Le bois était traité par longues immersions dans des solutions de chaux et de sels qui neutralisaient en profondeur les sucres recherchés par les champignons.

[5] Nos forêts en France n’ont généralement pas plus de 130 ans. Seuls certains arbres remarquables conservés témoignent du passé.

[6] Des visites seront possibles sur caillebotis et encadrées afin de ne pas impacter le sol.

[7] Culture associant la production forestière à une production agricole temporaire ou non. (Dictionnaire Larousse).

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