Accueil > Naturalisme > Les forêts émettrices de carbone ?
Je ne souhaite aucunement démoraliser un peu plus mes chers lecteurs et les rendre encore plus éco anxieux.
Mais il vaut mieux savoir que croire et mon article battra peut-être en brèche quelques idées reçues.
La forêt puit ou émetteur de carbone ?
Cela dépend de sa taille, de sa croissance (rapidité), de son exploitation et du climat.
Le bilan carbone de la photosynthèse est positif dans l’absolu (fort heureusement d’ailleurs) [1] mais il peut être affecté par la canicule car à partir de + 40°C le rendement photosynthétique diminue. Le carbone disponible dans l’atmosphère influe également sur la production photosynthétique. Mais si la photosynthèse contribue activement à la fabrication des sucres carbonés à l’origine de la formation du bois, elle ne constitue pas elle-même un puit de carbone.
Le puit de carbone
Le carbone est piégé dans le bois ainsi que les matières organiques dans les parties aériennes de la forêt. La décomposition des matières mortes en surface restitue une
partie de ce carbone dans l’atmosphère. On peut en conclure que plus une forêt est dense et étendue, plus le stockage de carbone est important.
Mais la part la plus importante du carbone est celle qui est piégée dans le sol : 4x plus que dans les parties hors sol (Toutefois, selon les sources, les chiffres varient. D’autres données indiquent la même quantité que pour la partie aérienne).
C’est ce piégeage aérien et souterrain qui constitue le puit de carbone.
Les aléas climatiques
Les changements climatiques et leur cortège de sécheresses redondantes ont fortement impacté le stockage du carbone par la forêt. En forêt amazonienne le stockage du carbone a diminué de 30% entre 2000 et 2010 ! (Il faut intégrer l’exploitation des bois à ce chiffre).
Pour sa part la France rejette annuellement 122 millions de tonnes de carbone dans l’atmosphère. La forêt française compense ces émissions à hauteur de 11% annuellement. Elle occupe 16 M/h sur les 55 M/h du sol français soit 29% de celui-ci.
Mais la densité de certaines forêts est en diminution, certaines essences de bois dur sont remplacées par d’autres et le stockage global diminue. De plus il n’existe pas de « vieilles » forêt en France. Rien au-dessous de 200 ans voir moins.
Les incendies sont de plus en plus nombreux et plus étendus à cause des canicules plus fréquentes. La pollution aux métaux lourds et aux pesticides agrave encore cette situation. [2]
Lors des canicules et des sécheresses qui en découlent, les arbres referment leur stomates afin de conserver de l’eau nécessaire à leurs tissus. Ce faisant ils interrompent la photosynthèse et arrêtent de produire de l’oxygène le jour. Ils n’arrêtent pas pour autant de respirer en mode ralenti 24/24 heures et deviennent ainsi émetteurs de CO² puisque celui-ci n’est plus stocké le jour et qu’il est en partie rejeté dans l’atmosphère durant la respiration.
De plus, ayant interrompu sa transpiration les feuilles ne sont plus "climatisées" et leur température peut monter jusqu’à 10 à 15°C au-dessus de la température ambiante et provoquer la brûlure des tissus et la chute prématurée des feuilles.
La photosynthèse étant interrompue, l’arbre ne produit plus de sucres et ne peut que végéter. Il a faim !
Si la canicule est trop intense des bulles d’air peuvent apparaître dans les canaux conducteurs de sève. C’est alors une embolie hydraulique très dangereuse pour les arbres.
Mais le bilan carbone ne s’arrête pas là. Il faut également considérer l’exploitation des bois et l’usage qui en est fait, c’est à dire leur destination finale.
Le stockage du bois
Utilisé sous forme de bois d’œuvre pour la construction ou le mobilier le puit de carbone perdure de longues années avant sa destruction. Brûlé le carbone retourne immédiatement dans l’atmosphère. Transformé en papier et en carton, il est également rapidement devenu déchet et relâche son carbone s’il n’est pas recyclé. La forêt qui ne serait pas exploitée ou dont le prélèvement ne dépasserait pas la production naturelle du bois aurait, elle, un bilan neutre, voir positif.
La surface forestière française a considérablement augmenté au cours des précédentes décennies. Cela est dû à « l’ensauvagement » conséquence de la déprise agricole sur certaines terres. Egalement à une politique forestière dynamique et de nombreuses plantations. Chaque année depuis 2006 la forêt s’accroit d’un rectangle de 50x20 km soit 100 000 h !
Sont intégrées à cet inventaire les plantations monospécifiques de résineux que l’on peine à qualifier de forêts.
La forêt ne peut pas tout
Pour atteindre la neutralité carbone la forêt ne suffira malheureusement pas. [3] Les 122 M/t de carbone rejetées annuellement dans notre atmosphère, et ceci malgré l’extension des forêts, devront être réduits par d’autres moyens. Laissons le soin à nos bois de nous fournir l’oxygène nécessaire à la vie, ce qui n’est déjà pas si mal, et travaillons à diminuer nos émissions carbonées par d’autres moyens.
Pierre Muller
Sources : IGN - Theconversation.com/topics/ici-la-terre - Ariane Mirabel, Tropical ecology researcher - Cirad ; Géraldine Derroire, Chercheuse - Cirad ; Plinio Sist, Écologue des forêts tropicales - Cirad et Stéphane Traissac, Enseignant-Chercheur sur la dynamique des forêts tropicales -AgroParisTech – Université Paris-Saclay
[1] Les chloroplastes des cellules absorbent plus de CO² atmosphérique que la respiration n’en rejette.
[2] Jusqu’à 140 tonnes de substances actives, dont certaines sont interdites, sont dissoutes dans les nuages au-dessus du territoire métropolitain » - Stéphane Foucart
[3] En raison du changement climatique et de la déforestation, une grande partie du bassin de l’Amazonie émet désormais du CO2 au lieu d’en absorber, (en cause les activités humaines) une transformation majeure pour cet écosystème crucial dans la limitation du réchauffement, selon une étude publiée mercredi. Se basant sur des centaines d’échantillons d’air récoltés à diverses altitudes lors de la dernière décennie, l’étude publiée dans la revue Nature montre qu’en particulier la partie sud-est de l’Amazonie est passée d’un puits de carbone à une source de CO2, gaz responsable du réchauffement de la Planète. Lors des cinquante dernières années, les plantes et les sols ont absorbé plus d’un quart des émissions de CO2, même quand ces émissions ont augmenté de 50 %. (Extrait du site Futura)





