Accueil > Divers > Routes étroites et sinueuses et ravins redoutables : La montagne !
Rassurez vous. Je ne donne pas ici de conseils éclairés aux chauffeurs ignorants que vous seriez. Ce que je ne me permettrais pas.
Je ne fais que parler de la façon dont je conduis en montagne sur les routes de mon cher pays cévenol. Saisissez vous la nuance ?
Et cela peut, peut-être, se révéler utile à certains conducteurs venant de régions au relief moins tourmenté !
Les routes de montagne
Les routes de montagne montent ou descendent et ne sont vaguement de niveau qu’en suivant la vallée. Merci monsieur de la Palice !
Etant donné que la route ne peut rejoindre les cols à la verticale, il faut réaliser de nombreux lacets pour conserver une déclivité acceptable. Et qui parle de lacets parle d’épingles (virages à 180°) mais aussi de très nombreux virages sans visibilité entre les épingles. De plus, nombreuses sont les routes étroites et dangereuses. Les conditions météorologiques hivernales peuvent également accroître les risques.
Dans ces conditions particulières à la montagne, la conduite peut rapidement paraître difficile, voir périlleuse pour des chauffeurs qui n’y sont pas habitués. Les croisements sont quelquefois acrobatiques. Il s’ensuit une succession de freinages et d’accélérations chaotiques mettant en péril la fluidité du pilotage. (Sans parler du mal des transports pour les passagers et particulièrement pour les enfants).
Conduite et pilotage
Le pilotage bien géré consiste à maîtriser un véhicule en sécurité. Il faut un apprentissage et bien connaître sa voiture sur route à la façon des motards qui font corps avec leur machine. Les pilotes de rallyes représentent la crème du pilotage et connaissent les techniques les plus sophistiquées de cette discipline. Mais tous les conducteurs de quatre roues (et loin de là) ne sont hélas pas des as du dérapage contrôlé ! [1]
Mais revenons à notre route de montagne et à nos conducteurs lambdas.
La conduite consiste à pratiquer le pilotage et à respecter le code de la route. C’est à dire maîtriser son véhicule dans le respect des règles qui autorisent une pratique collective du réseau routier. Conduire avec un permis en poche est certes nécessaire, le faire en pilotant son véhicule avec dextérité et souplesse c’est tiptop !
Les courbes et les virages
Une courbe est généralement assez ouverte pour ne pas nécessiter un pilotage particulier. Si ce n’est qu’elle doit être abordée à la bonne allure. Une longue courbe est un piège qui peut se révéler mortel si je m’y engage beaucoup trop rapidement. Si je freine à grande vitesse dans la courbe je risque de faire plusieurs tonneaux. Si j’accélère pour retrouver de l’assiette et sortir de la courbe, je fais une sortie de route... [2]
Aborder à 130 km/h avec une voiture de série non adaptée une longue courbe limitée à 90 km/h est donc sans issue car une fois engagé trop rapidement le malheureux conducteur aura de fortes chances de se flanquer en l’air avant la sortie de la courbe. [3]
Pour les virages et surtout les petits virages serrés, il n’est pas question de rouler trop vite, d’autant plus qu’en montagne le ravin guette l’imprudent ce qui calme les ardeurs de certains...
C’est dans ces nombreux virages que pratiquer le pilotage est avantageux. Pourquoi ?
– Sécurité
Sortie du virage en se tenant le plus possible sur la droite de la route - Vitesse adaptée [4]
– Fluidité
Les virages ont « une trajectoire étudiée » qui adoucit la force centrifuge et renforce la tenue de route à l’opposé d’un virage qui serait négocié à l’arrache ce qui déstabilise le véhicule et les passagers. C’est la finesse du coup de volant opposée à la brusquerie de la manœuvre
– Concentration
En pilotant on est obligé de se concentrer beaucoup plus intensément et on conduit d’autant mieux
– Confort passagers
Sans virages brutaux ni coups de frein intempestifs, pas de malades à l’arrière du véhicule
– Economies
(freins - pneus - carburant) - Non négligeables à long terme
Aborder un virage sans visibilité
> Avant le virage, je réduit ma vitesse si possible dans une section rectiligne de la route. J’utilise le frein moteur avant les freins à disque [5] et j’enclenche le bon rapport avant le virage. Mon freinage est doux et progressif. Le véhicule est équilibré. Je ne freine jamais dans un virage mais si je dois le faire c’est avant celui-ci. [6]
J’attaque le virage à droite en me tenant vers le milieu de la route sans mordre sur la moitié gauche. Si besoin, je me penche légèrement à gauche afin de voir le plus loin possible vers la sortie de virage. Puis je prends le virage en rasant le talus ou le rocher sur ma droite en décrivant une courbe tangentielle (clic sur l’image [7]) et de ce fait la meilleure trajectoire possible. Cette pratique assure ma sécurité si une voiture arrive en sens inverse à vive allure ainsi qu’une bonne tenue de route. Ensuite, le virage passé, je reprends ma place au centre de la voie de droite.
Pour un virage à gauche , j’oublie le point de corde et je colle le plus possible au côté droit de la route durant tout le virage. Et pas au milieu de la route comme sur l’image !
Croyez que je m’en porte encore très bien à ce jour ! [8]
Avant la sortie du virage (qu’il soit à droite ou à gauche), j’accélère légèrement pour coller la voiture à la route et reprendre ma vitesse de croisière. toutes ces manœuvres doivent être exécutées avec souplesse. Je n’écrase jamais mon accélérateur. Vous constaterez que j’ai passé ce virage de façon fluide et efficace. Mes passagers ne seront pas brutalisés et m’en seront reconnaissants. Mes pneus et mes freins également.
Dans une épingle la priorité est de coller le plus possible au bord droit de la route et... De rouler doucement. Tout doucement. (Parfois même en passant la première si la pente est forte).
Prudence et courtoisie
Après 55 années de conduite, dont la majeur partie en montagne, je n’ai jamais eu d’accrochage sérieux. [9] Cette philosophie de la route et ces pratiques adaptées m’ont protégé moi et mes passagers éventuels. Il suffit de se concentrer sur la conduite et de négocier les courbes et les virages au mieux sans prendre de risques. De plus, c’est tout le plaisir de la conduite que de rechercher la trajectoire la plus efficace. Cette focalisation de mon attention sur le pilotage est protectrice, bien mieux en tous les cas que celle, défaillante, de celui qui téléphone en conduisant ! [10]
En montagne la prudence s’impose et piloter n’est ni de jouer les rallye men ni non plus d’ailleurs de se comporter comme une tortue. Si je roule bien prudemment et que par chance je rencontre une portion de ligne droite, je n’accélère pas comme un fou furieux ; les voitures qui me suivent depuis un moment apprécieront que je les laisse passer ; surtout pour ceux qui se rendent au travail, car ils n’auront pas forcément l’occasion de me dépasser plus loin.
En cas de croisement je ralentis et je me colle à droite. Je stoppe si besoin. Si « ça ne passe pas » c’est le « montant » qui est prioritaire. [11]
Dernière chose : Je ne m’arrête pas en sortie de virage pour prendre une photo ou cueillir une fleur, je ne double pas les cyclistes n’importe comment et je remercie de la main celui qui m’aura gentiment donné le passage.
Ce que je suis bon quand même... Enfin, ça dépend. P’tête pas vraiment tous les jours !
Bonne route !
[1] Notez que lorsque je rencontre un panneau « Gravillons » par exemple, ma vitesse diminue et mon attention redouble !
[2] Je me méfie comme de la peste de la première averse après la sécheresse. Les matières grasses et résidus d’échappement se mêlent à l’eau en une sorte de mayonnaise. C’est la patinoire assurée.
[3] A moins qu’il ne parvienne malgré tout à ralentir progressivement sans freinage et sans perdre le contrôle.
[4] Il faut toujours garder à l’esprit en conduisant en montagne qu’un virage sans visibilité peut cacher un camion, un tracteur ou bien des cyclistes ou un groupe de randonneurs marchant à droite de la voie. Et, en conséquence, rester capable de s’arrêter sur une très courte distance.
[5] Les freins ne me servent presque jamais pour aborder un virage. Il suffit d’anticiper en ralentissant juste ce qu’il faut.
[6] De même, il ne faut jamais débrayer dans un virage.
[7] Attention : La zone grise représente la voie de droite que je ne quitte pas un instant.
[8] Avec quand même pas mal de chance.
[9] Mis à part un malheureux toutou qui en voulait à ma roue. Mais il s’en est finalement tiré.
[10] Téléphoner au volant multiplie par trois le risque d’accident.
[11] En cas d’accrochage : Si j’ai stoppé avant l’impact c’est l’autre conducteur qui sera responsable devant les assurances. Si ce n’est pas le cas mais que j’estime avoir laissé suffisamment d’espace pour que l’autre véhicule puisse passer, je sors mon mobile et je prends immédiatement plusieurs clichés de l’accident, notamment des scories qui sont tombées à l’impact sous l’aile de mon véhicule et qui matérialisent le lieu de l’accident. Sur le constat il faut indiquer que l’autre véhicule impliqué avait suffisamment d’espace pour passer. Cela m’évitera de tomber sous le coup des « tords réciproques » que les compagnies d’assurances concèdent le plus souvent sur les routes étroites pour ne pas se compliquer la vie !



