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Pas un malheureux piaf à l’horizon et ça dure depuis des jours !
Un ornithologue désirant compter et recompter les oiseaux afin d’estimer les populations des espèces présentes attendait impassible que ceux-ci se montrassent. Mais d’oiseaux point. Certes un ciel limpide et clair s’offrait à son regard, mais un ciel absolument vide de toute activité aviaire. Même les avions et les hélicos avaient ce jour là décidé de ne point prendre l’air.
Les minutes, puis les heures passèrent dans un silence pesant car le vent ne soufflait plus et les chiens faisaient la sieste. L’ornithologue, pourtant chevronné commençait à éprouver une certaine impatience lui qui, habituellement, ne se départissait jamais de son calme.
Imaginez un peu : Les papillons eux même, semblaient faire la grève des Lépidoptères (comme de leur coté les hélicoptères). Pas un seul froissement d’aile aux alentours et cela durait, cela durait... Ecarquiller les yeux s’avérait une stratégie dérisoire face au vide sidéral qui avait envahit le ciel ; si toutefois un vide pouvait envahir quelque chose.
Alors, après quatre-vingt trois heures de veille inutile et privé de ses observations habituelles un conflit se fit jour dans les zones profondes de son cerveau reptilien. La fatigue et la déception réunies engendrèrent une colère sourde qui migrait à présent vers la partie consciente de son moi et lui communiquait une rage glacée, focalisée sur les oiseaux.
- Comment voulez vous que l’on vous compte, que l’on vous détermine, que l’on vous classe, que l’on vous décompte si vous restez cachés ? Volatiles mous et dégénérescents que vous êtes, le faites-vous exprès ?
Il lançait sa rancœur à tout vent mais de vent il n’y en avait plus, pas plus que de nuages d’ailleurs et le soleil avait prit une teinte bizarrement bleue qui se confondait avec le ciel.
- Mes oiseaux, mes chers oiseaux où êtes vous à la fin ? Me laisserez-vous tomber moi qui vous ai mille fois observé, bagué ? Moi qui vous ai tant aimé ?
Seul un profond silence succéda à sa supplique. Les longues stridulations des grillons d’Italie s’étaient tues pour toujours. Juillet mourrait dans la fournaise caniculaire et l’ornithologue compris qu’il était trop tard. Trot tard pour la vie, pour la société. Ses superbes jumelles ne lui serviraient plus à rien ; désormais il ne lui resterait que ses bouquins, sa collection de plumes et rien d’autre.
Rien d’autre sauf peut-être cette version contemporaine d’un poème de Victor Hugo :
Saison des semailles le soir...
C’est le moment crépusculaire, j’admire assis sous un portail ce reste de jour dont s’éclaire la dernière heure du travail. Au loin, très loin dans la plaine immense, un gros tracteur agricole tire un réservoir équipé d’une rampe d’aspersion large de trente mètres... Il va, vient, refait le plein et recommence. Et nous méditons, obscurs témoins, tandis que ses jolies petites gouttelettes imprègnent nos campagnes.
Gérard Torreilles, un ami ornithologue confirmé m’a envoyé ce commentaire :
« Malheureusement la réalité n’est pas si éloignée que ça de la fiction... Voici déjà une dizaine d’années de cela, je me suis baladé en Seine-et-Marne quand mon fils habitait encore là-haut et j’ai éprouvé quasi les mêmes déboires que l’ornitho de ta chronique en traversant sur des kms les champs de betteraves, de céréales sans la moindre haie...On pouvait compter les papillons sur les doigts de la main, et de plus des espèces très communes. Pareil pour les oiseaux...
Amitié - Gérard »
Et dire que cette désolante expérience remonte à une décennie...! Décidément, il y a vraiment urgence pour ré-autorisez l’utilisation de tous les pesticides.
– « Donnez nous encore de l’Acétamipride s’il vous plait ; il nous reste encore un peu de vivant à détruire ! »


