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Je pin, tu pins il pint, nous pignons etc.

mercredi 30 avril 2025, par grand-Pierre

Hiver comme été mon premier agissement de la journée consiste à parcourir la piste qui conduit à ma boîte aux lettres en bordure de route. Le froid, le soleil, le vent ou la pluie ne contrarient aucunement ce rite immuable, indispensable à ma santé physique et mentale.

Cette promenade matinale me renseigne sur les animaux qui ont mené leur vie nocturne sur ce chemin de terre où ils ont laissé de nombreuses traces. Renards, blaireaux, sangliers ou chiens trainards...

Fosse d’aisance de blaireau
Fosse d’aisance de blaireau

Un chemin qui vaut la peine

La boîte aux lettres est généralement vide excepté lorsque monsieur Amazon lui a rendu visite car de nos jours plus personne ne prend le temps de vous écrire une lettre à part le fisc et le service contentieux des contraventions.

Vide si souvent que j’ai collé au fond de la boîte un petit miroir ce qui me permet de l’ausculter sans avoir à l’ouvrir.

Rendu à la route, souvent passe une voiture, seul contact de la journée avec l’humanité ! Broum ! Et puis le silence. Quelquefois c’est un copain et nous taillons une bavette.

Au bout de ma piste en bordure de route la vue se dégage sur la Luzette et le mont Aigoual. Le moment est propice à l’observation météorologique des nuées qui s’accrochent au sommet et des brumes plus ou moins denses remontant les pentes. Quelquefois en hiver je domine, sous un beau soleil, une vaste mer blanche et crémeuse qui épouse les méandres de la vallée de l’Hérault.

Chaque printemps c’est la même belle chose

Au mois d’avril, appuyé sur mon bâton, j’herborise, enfin j’essaie d’herboriser la végétation foisonnante qui envahit la bordure de la piste. Il y a tant et tant de plantes fleuries dont les noms me reviennent petit à petit. Du minuscule géranium à la superbe gueule de loup, des tendres crosses des fougères aigle à la monnaie du pape. (Je vous fais grâce des noms scientifiques). Occupation souveraine pour entretenir une mémoire vieillissante et se régaler de toute cette « beauté de jeunesse » des plantes printanières.

En marchant bien tranquillement je respire à pleins poumons cet air forestier qui, dit on, possède des vertus anti stress et dont les effluves sont bonne à la santé. Cette respiration s’inspire et s’expire par le nez pour être efficace. Souvent je pense à ces milliers de gens entassés à proximité des périphériques urbains et lorsque je suis triste, cela me réconforte de respirer ces bonnes molécules végétales.

Un très grand ami

Mais il y a mieux ! Il y a mon nouvel ami. On se voit tous les matins et je ne manque jamais de le saluer comme il se doit. Je suis très grand mais il est encore plus grand et m’oblige à lever la tête pour lui parler. Peu disert, c’est plutôt à moi que revient la charge d’animer la conversation.

Comment vous le décrire. Je ne suis pas fort pour les portraits. Grand certes mais impressionnant ou plutôt : Majestueux. Il en impose dès l’abord et cette impression se confirme ensuite. C’est un calme, un sage qui se contente de savoir les choses. Pourquoi faudrait-il donc les transcrire en blablas ? Il suffit de sentir le vent passer et d’attendre.

D’origine autrichienne (mais rassurez vous cela ne se voit pas), il dut avoir un terrible accident il y a bien longtemps qui l’obligea, pour survivre, à se dédoubler. Depuis cette époque il possède deux têtes ce qui peut paraître surprenant pour les non-initiés. Cela le rend deux fois plus sage.

Je me suis souvent demandé si ses aiguilles piquaient ou non. C’est le critère qui distingue le pin noir d’Autriche des autre pins noirs (Pinus nigra). Finalement rassuré sur son identité piquante je m’arrête souvent longuement pour le regarder de loin sous le soleil, son écorce grise et chaude et son feuillage luisant, ses longues branches horizontales et régulièrement échelonnées et ses vingt bons mètres de haut.

Un matin j’aperçu un nid de chenilles processionnaires isolé en haut de mon ami pin.
Peut-être l’amorce d’une invasion destructrice ? Le feu d’une cartouche de douze à petit plombs mit fin à cette tentative de colonisation.

Le grand pin ne souffla mot mais je savais qu’il m’était reconnaissant de l’avoir débarrassé de ces parasites occasionnels car, c’est bien connu, les arbres n’ont ni mains ni fusils.