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Terribles terroristes

samedi 21 novembre 2015, par grand-Pierre

Faire couler du sang d’innocents pour semer la panique.

Des minables

Ces jeunes gens qui venaient s’amuser et qui sont morts, ces consommateurs flingués à bout portant, ces rescapés marqués pour la vie d’un traumatisme indélébile, ces proches si injustement frappés dans leur affection, pourquoi ?

Des flots d’encre, des logorrhées de mots ont été déversés depuis le treize novembre pour emplir nos cœurs horrifiés et nos consciences mortifiées avec force explications, force informations ; jusqu’à atteindre la saturation.

Les tueurs focalisent bien entendu l’attention médiatique et policière mais finalement, et même si l’on peut leur accorder quelques compétences opérationnelles, ils s’avèrent n’être que de pâles exécutants. Des êtres dérisoires plutôt que des "chevaliers" qui, faute d’une trajectoire positive de leur vie, se jettent dans une sorte de suicide "illuminé", ce qui est peut-être préférable pour eux à une vie de merde.

Passons sur ces pauvres minables qui, comme un rescapé l’a dit je crois, ne méritent pas notre haine.

Un univers opaque

L’univers du terrorisme, par sa nature même, est d’une opacité au moins égale à celle du marché des armes ou de la finance grise. L’illusion du djihad, de la montée en puissance du fait islamique ne représente que la partie supérieure d’une pièce montée dont les étages inférieurs sentent le pouvoir et l’argent, comme d’ailleurs l’ont toujours été par le passé ceux des guerres de religion.

Ah, comme je regrette le temps de la guerre froide, où tout était si simplement posé. Les méchants russes d’un coté et les gentils américains de l’autre. Ou le contraire si l’on était, comme moi à l’époque, communiste. Le travail des journalistes occidentaux en était grandement facilité, qui cassaient du sucre à qui mieux mieux sur les soviétiques, garantie pour eux d’un emploi stable et pérenne. Ah, nostalgie : On ne risquait à cette époque qu’une guerre nucléaire totale. Çà au moins c’était du radicalisme ! Ça avait du chien !

Or à présent, avec nos attentats français, les voiles que l’on soulève peu à peu et les analyses produites au cours des investigations médiatiques, dégagent une odeur quelque peu soufrée et nauséabonde. Nous apprenons chaque jour un peu plus que notre monde ne tourne pas rond :

- Vente d’armes aux états douteux (Quatar - Arabie Saoudite) ; achat de pétrole djihadiste en sous-main en Turquie ; interventionnisme guerrier à but électoral du président "Flambard" (plutôt que Flamby) ; corruption généralisée au moyen-orient (et pas que !) ; stratégie israélienne plus réactionnaire que jamais ; bras de fer entre l’occident capitaliste et la Russie du nouveau tsar Poutine ; réfugiés accueillis à plusieurs vitesses en Europe...

Bref, on ne sait plus qui fait quoi, et avec qui ; qui vend et qui achète à qui et même : Qui tue qui entre sunnites et chiites !

Les haines déchaînées

Qui nous envoie ses tueurs fous ? Je serais bien en peine de vous le dire. Le contentieux entre l’islam et l’occident ne date pas du vendredi 13 novembre 2015. Sans revisiter l’histoire, depuis les croisades et jusqu’aux guerres de conquête coloniale en passant par les massacres de Sétif en quarante-cinq, il subsiste hélas aujourd’hui encore des sujets brûlants, tels que le partage de Jérusalem par exemple, qui sont là pour entretenir les affrontements et les haines.

Lorsque l’on a plus rien, reste la culture disais quelqu’un. Ou bien aussi la haine, bien plus facile à manipuler. La haine qui défait le concept démocratique et laisse la place aux assassins et aux bandits corrompus. La haine c’est Daesh. C’est également celle des torturés par dizaines de milliers de Bachar El Hassad, à condition toutefois qu’ils aient survécu. Celle des palestiniens face aux colons israéliens qui leur ont volé leur terre. Celle des kamikazes qui vont jusqu’à mourir pour tuer.

Face à toutes ces haines meurtrières, il nous faut garder calme et confiance. Et délivrer des messages destinés à dégonfler le soufflé. Insister, même si c’est un peu lourdement, sur notre expérience de laïcité vieille de plus d’un siècle . Laïcité qui n’est pas opposition entre religieux et laïcs mais plutôt imposition à tous du vivre-ensemble par la république, elle-même mère de tous ses citoyens, quelle que soit leur confession ou leur absence de confession.

J’ai entendu avec plaisir les déclarations des croyants de toutes les chapelles réunies qui disaient leur réprobation devant les tueries ; et qui, pour certains au nom des musulmans, déniaient le droit aux tueurs de se réclamer de l’islam. Cela peut paraître si évident que leur déclarations ne devraient même pas avoir à être prononcées tant il y a de distance entre ces bonnes gens et l’état islamique.

Les sirènes du fondamentalisme

Toutefois la communauté musulmane dans son ensemble devrait s’interroger sur un récent retour, du moins pour une partie d’entre elle, a un certain fondamentalisme non radical mais réel, qui fait se voiler des jeunes femmes qui ne l’étaient pas ou ne l’étaient plus et réapparaître des coutumes, notamment à propos du mariage imposé par la famille, qui étaient plus ou moins abandonnées ou du moins en voie de disparition.

Ce retour aux fondamentaux peut se révéler ostentatoire dans certains cas [1] et faire se refermer les communautés sur elles-même ce qui se comprendrait comme un échec patent de leur intégration. Le repli identitaire des communautés musulmanes doit être perçu comme un danger par tous.

J’essaie de me mettre dans la peau d’un musulman en France (pas forcément très évident pour moi !) et je me rends compte combien cette époque doit lui poser de questions, pour qu’il puisse rester lui-même tout en s’adaptant à la société. Bref, en s’intégrant sans se désintégrer ! [2] Les nombreuses vagues migratoires successives qui ont fait la France d’aujourd’hui se sont toutes, à plus ou moins long terme fondues dans le moule de notre république laïque sans que cela provoque de drames. Certes, elles ont du subir le racisme et la discrimination de la part des primo-arrivants, mais les générations suivantes ont pu surmonter ces formes de rejet. Il ne faut pas que la montée du fondamentalisme religieux (ou pseudo-religieux) vienne empoisonner les relations entre les musulmans et les autres.

Plusieurs islams se confrontent à travers le monde. Peut-être que certains pratiquants parmi les plus fervents considèrent dans le secret de leur cœur le califat comme un sanctuaire à défendre. De même que les juifs ont considéré la Palestine en quarante-huit comme la terre promise ? (Mais par qui nom de dieu ?).

C’est précisément ce qui pourrait rendre le débat glissant en France en opacifiant la frontière entre la ferveur fondamentaliste et le radicalisme intégriste.

Le danger existe, bien réellement d’une fracture profonde avec la montée en puissance du FN et les stratégies politiques désignant le "bouc émissaire" ou comme le disait Georges W. Bush, "l’axe du mal" à combattre sans pitié comme si c’était là une solution apportée à nos problèmes.


[1J’ai pu le constater un jour au Vigan en croisant un homme, marchant solennellement devant une forme vêtue des pieds à la tête de nombreux voiles noirs, vraisemblablement son épouse.

[2C’est clair, ce jeu de mot n’est pas du meilleur goût...