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Energie-bois locale

Où en sommes-nous ?

mercredi 10 décembre 2014, par grand-Pierre

Une énergie durable et exploitable sur place. On ne rêverait pas mieux !

Mais cela nécessite de mettre en place une filière locale au prix d’un gros travail d’organisation en amont et d’un certain investissement.

Tentons d’analyser les avantages que l’on pourrait attendre de projets innovants utilisant l’énergie-bois locale et quels sont les freins ralentissant leur mise en œuvre par les collectivités.

Revenir au "local" serait une réponse adaptée au grand gâchis universel et marchand, qui délocalise sans vergogne, dans une débauche programmée de moyens de transports polluants et énergivores..

Si bien sûr, toutes les activités ne peuvent se réaliser localement, il semble évident que les collectivités qui disposent d’un environnement forestier pourraient convertir avec profit leurs installations de chauffage au fuel en chauffage au bois. Certaines d’ailleurs sont en avance sur d’autres dans ce domaine et les réalisations d’unités de chauffage fonctionnant avec des plaquettes forestières sont désormais nombreuses. (275 en Région LR pour une puissance de 81 MW)

Les avantages

- Le premier des avantages consiste à utiliser une énergie renouvelable. L’accroissement naturel moyen d’une forêt est de 5%. Il faut considérer ce chiffre en tenant compte des différences de milieu, climat etc.
- Le deuxième avantage réside dans le fait que l’utilisation du bois a un impact carbone neutre. Le CO² libéré par la combustion est égal au carbone stocké dans le bois. Le cycle est donc vertueux si le prélèvement correspond à l’accroissement naturel.
- Le troisième, nous l’avons évoqué, consiste à limiter la distance entre la collecte du bois et son utilisation ce qui réduit à la fois le coût et la pollution ainsi que l’usure de l’infrastructure routière et l’utilisation d’une énergie fossile non durable.
- Le quatrième : Le prix de revient ! En cette période, difficile économiquement, l’argument du faible prix de revient des plaquettes peut aider à convertir bien des mentalités ! Prix de revient du Mwh de bois déchiqueté (pour le Pays viganais) = 25 €. [1] Il faut aussi se poser la question de savoir quel sera le prix du fuel dans une décennie ou deux ?
- Le cinquième : La création d’emplois localement. Ces emplois liés à la collecte de la ressource et utilisant les compétences de professionnels peuvent aussi représenter une possibilité d’insertion pour des personnes en difficulté. A condition toutefois d’en limiter le nombre dans la durée afin de ne pas créer une sorte de sous-prolétariat dédié exclusivement à ces tâches.
- Le sixième : La gestion de la ressource du territoire. Un Plan d’approvisionnement territorial (PAT) sert à évaluer la ressource locale et à assurer un approvisionnement sécurisé des chaufferies locales. Ce plan concernant la ressource globale doit être accompagné par l’ONF et les propriétaires forestiers privés et la gestion des parcelles faire l’objet d’un plan concerté. (Plan de gestion exigible au-delà de 25 ha).
- La châtaigneraie dépérissante des vallées pourrait devenir une ressource liée à une exploitation raisonnée.
- Les cendres peuvent être utilisées comme engrais naturel.

Les inconvénients (par rapport au fuel)

- Créer la filière d’approvisionnement. Pas forcément simple et évident. Mais le recours au secteur marchand avec des plaquettes livrées directement à la chaufferie par un professionnel est possible sous réserve que la ressource soit d’origine locale. (Prix de la tonne départ plate-forme à Embrun = 80 €).
- Investissement important : Construction d’un silo pour approvisionner la vis sans fin de la chaudière avec un système de brassage et une trappe de remplissage par bennage. (Voir l’illustration en document joint en fin d’article). Construction également d’une plate-forme de broyage/stockage suffisamment dimensionnée.
- Chaudière à plaquettes doublée par une unité fonctionnant au gaz destinée à préchauffer le flux descendant d’eau refroidie en cas de pic de consommation. Ceci afin d’éviter le charbonnage de la chaudière. (Pas obligatoire pour les bâtiments gérant directement leur consommation et pouvant amortir les pics).
- Maintenance un peu plus complexe que pour le fuel. (Et donc plus onéreuse).
- Réalisation du réseau de chaleur optimisé (Pas de trop grandes distances afin de limiter les déperditions) [2] et suffisamment dimensionné pour justifier l’investissement.

Plusieurs problèmes techniques à résoudre en ce qui concernent l’approvisionnement

- La mobilisation des propriétaires peut être difficile et les prix du bois sur pied ne sont pas très incitatifs. (Entre 3 et 5 € la tonne et plus-value bien sûr si le bois est rendu bord de route). Un plan de gestion rédigé en commun ou la création d’associations de type syndicat libre [3] devraient voir le jour pour une meilleure efficacité.
- L’utilisation des bois régionaux par des unités de production d’électricité sur-dimensionnées (E.ON à Guardanne et le projet de Brignolles) mettent le marché sous-tension ce qui risque de menacer la ressource nécessaire aux communes utilisant des chaufferies à bois localement.
- La desserte d’un parcellaire par ailleurs très morcelé et situé sur des pentes fortes est souvent problématique, voir inexistante.
- Contrairement aux idées reçues, les rémanents (déchets d’abattage de moins de 7 cm de diamètre) font partie du nécessaire retour au sol de la matière carbonée et ne doivent pas être enlevés pour être brûlés, mais laissés sur place pour être transformés par champignons et bactéries en nitrates réutilisables par les plantes.
- Dans certains secteurs, le respect des paysages implique de réaliser des coupes alternées, non contigües et de ne pas impacter le terrain par l’utilisation d’engins lourds. Un matériel léger adapté à ces terrains serait préférable.
- Les coupes devraient faire l’objet d’un suivi post-abattage (travaux d’éclaircies ou plantations). Le problème étant de savoir qui s’en chargerait.
- Un espace réservé au broyage et au stockage sous la forme d’un hangar couvert doit être aménagé. La masse de plaquettes forestière (sous bâche respirante pendant trois à six mois) se comporte comme un compost et monte en température ce qui contribue au séchage du bois nécessaire pour le bon fonctionnement des chaudières. (humidité passant de 50 à 25%).

Quels projets et pour quelle collectivité ?

Afin qu’un projet "tienne la route" en terme d’investissement et de fonctionnement, il est nécessaire de le dimensionner suffisamment et de l’adapter aux besoins. La proximité des utilisateurs du réseau de chaleur compte aussi pour beaucoup dans le rendement.

Mais les bâtiments publics sont souvent regroupés en ville et un réseau peut alors facilement être mis en place.

Un frein consiste également dans le fait que des installations de chauffage sont forcément déjà en place dans ces bâtiments et qu’elles ne sont pas obligatoirement obsolètes. Les remplacer peut sembler un gâchis des deniers publics !

Il existe même des logements dits "sociaux" dont le chauffage est électrique et qui ne disposent donc pas d’un réseau de chauffage central !

A la réflexion, et si l’on ne considérait que ces arguments, on ne procéderait jamais à l’utilisation de l’énergie-bois car il faudrait attendre l’obsolescence de toutes les chaudières concernées pour ce faire, ce qui bien sûr ne se produira jamais au même moment !

Conclusion

Il est d’usage de dire que le bois (bûche) chauffe trois fois : Une fois nos muscles lors de la coupe et du transport, une fois aussi lors du refendage et une autre fois, enfin rendu dans le poêle.

Pour le bois-énergie et la production de plaquettes, c’est un peu la même chose ! L’énergie des porteurs de projets est fortement sollicitée pour organiser la filière d’approvisionnement en amont et la cohérence du projet dans son ensemble.

Cela peut rebuter les décideurs locaux qui préfèrent conserver l’usage du fuel et sa simplicité d’utilisation. Et surtout : Pas d’investissement supplémentaire à budgétiser en ces temps difficiles ! On peut les comprendre.

Pourtant, le passage à l’énergie-bois bénéficie d’un soutien tant au niveau conseil (Mission bois-énergie Gard-Lozère) qu’au niveau des aides à l’investissement. Même les études préalables peuvent êtres subventionnées. (Organismes impliqués : ONF - CCI - Assoc. des communes forestières etc.).

Si la mise en place d’une filière bois locale demande à la fois, d’y consacrer du temps, de la matière grise et de l’argent, la collectivité serait néanmoins gagnante à long terme. Continuer indéfiniment à utiliser de l’énergie fossile alors que la ressource existe sur place, durable et abondante et tandis que le prix du fuel risque fort de s’envoler ne serait pas bien raisonnable économiquement comme écologiquement parlant.

De plus, laisser le marché des plaquettes forestières à des multinationales comme E.ON qui consommeront une part de la ressource cévenole à Guardanne (à 300 km d’ici) pour faire de l’électricité ne serait pas bien raisonnable non plus.

Il ne s’agit donc pas de satisfaire à un parti pris écologique ni de "faire pour faire" en installant des chaudières à plaquettes mais bien d’un projet dont les utilisateurs seront à terme les bénéficiaires. La commune d’Embrun (Htes Alpes - 6000 h) cite une économie réalisée de 16% de la facture de chauffage des habitants en 2014 suite à l’installation du chauffage utilisant le bois-énergie.

Allez donc visiter le site du territoire de l’Embrunais qui détaille le projet de plate-forme de stockage.

ET si vous avez encore un peu de temps :

Pour écouter l’émission de France-Culture "Terre à terre" sur ce sujet (Très intéressante - Durée 53 mn) veuillez mettre le son sur votre ordi et cliquer ici.

Portfolio


[1Une tonne de bois sec produit environ 5 Mwh

[2Les tuyaux isolants du réseau de chaleur valent environ 400 € le métre linéaire.

[3Les propriétaires organisés en syndicat libre conservent la maitrise de leurs parcelles contrairement au groupement forestier où ils délèguent la gestion de celles-ci, ne possédant eux-même que des parts de ce groupement.

Messages

  • Je me suis déjà exprimé ici sur le projet e-ON. Permettez moi d’en faire autant sur ce projet.
    "Il ne s’agit donc pas de satisfaire à un parti pris écologique" : très bien, j’apprécie cette précision. L’aspect valorisation d’une ressource locale est d’un intérêt majeur, même s’il reste important de réaliser une installation la plus "durable" possible.

    Et dans le domaine de la "durabilité", mes commentaires portent sur les avantages et inconvénients entre les deux projets.

    D’accord, la diminution du transport et donc de la quantité de CO2 fossile est en faveur d’un projet local. J’ajouterai que l’appoint calorique étant fait par le gaz au lieu de la houille (e-ON) est un autre avantage. Ces deux points me faisant d’ailleurs penser que le projet e-ON produit probablement autant de CO2 fossile qu’une centrale au gaz de même puissance.

    Par contre, les petites unités de cogénération sont limitées dans leurs investissements. Il devient très difficile de traiter correctement les effluents émis. Et la combustion du bois ne produit pas que des bonnes choses.

    Dans les fumées : Gaz acides, particules, VOC, HAP, dioxine ... . Toutes choses presque acceptables si il y a un nombre limité de chaufferies, mais potentiellement dangereuses si les installations se multiplient. Comme à Paris ...

    Dans les cendres (certes un engrais naturel, mais il faut un plan d’épandage sérieux en relation avec l’hydrogéologie ) : bien sûr des Nitrates, mais aussi des Phosphates, des Sulfates, de la Chaux et des métaux lourds. Les grosses unités me semblent mieux à même de gérer ce problème par des utilisations autre qu’engrais.

    Enfin comment va se faire le contrôle du reboisement ? n’y a-t-il pas le risque de voir le châtaignier remplacé peu à peu par des essences à croissance plus rapide ? Vous le mentionnez vous même, quel organisme ?

    Dans ce bas monde, rien n’est parfait, mais il vaut mieux le savoir et prévoir avant de faire des choix.

    Surtout qu’en matière d’écologie, la mode du "scientisme" environnemental, est arrivée. C’est hors sujet, mais essayez de faire comprendre que plus on installera d’éolien et de solaire, plus l’électricité que nous consommerons sera "carbonée". C’est impossible, c’est du renouvelable ! et pourtant c’est vrai !