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Plantes invasives - Un faux procès ?

vendredi 6 avril 2012, par grand-Pierre

Citation extraite du site Téla Botanica (Botanistes francophones) :

"... On les dit envahissantes, invasives et les métaphores guerrières ne sont pas de reste pour qualifier ces espèces comme « mauvaises » à l’égard de la nature. Pourtant depuis deux ou trois ans, plusieurs disciplines scientifiques croisent et ouvrent un regard plus neutre sur ces plantes et leurs effets positifs dans nos écosystèmes.

Jacques Tassin, chercheur écologue au Cirad invite à nuancer notre regard sur ces espèces, il parle même de les sortir "de cette perception négative et exclusive à l’égard des plantes invasives, en réalité davantage inspirée par une idée ancestrale de la conservation que par l’écologie scientifique..."

Voici le texte du courriel envoyé par l’auteur de cet l’article à Jacques Tassin :

Naturalisme amateur, j’ai lu sur le site de Téla Botanica une brève concernant vos publications sur les plantes invasives. Cela fait longtemps que je me pose la question lorsque l’on évoque ce "problème" devant moi, de savoir si il n’y a pas chez les botanistes un peu de xénophobie à l’égard de ces plantes immigrées.

Le parallèle entre immigration humaine et floristique peut d’ailleurs être malicieusement développé si l’on compare leur vitalité à celle des travailleurs sans papiers et leur lutte difficile pour vivre, leur intégration ensuite, au fil des années et des décennies.
Le syndrome de l’invasion existe donc bien et repousser l’envahisseur immigré n’est pas chose facile, voir impossible. (Il n’existe pas de centres de rétention pour les plantes).

éradication de la Berce du Caucase

Le concept obsolète des nuisibles

Heureux habitant des Cévennes, je parcours souvent la haute vallée de l’Hérault. Sur les talus routiers, une envahisseuse colonise l’espace rapidement et, en une ou deux décennie(s), un peuplement d’Ailante (Ailanthus altissima) que l’on nomme aussi quelquefois Faux vernis du Japon s’est installé sur le territoire local de nos chers Robiniers.

Casus belli s’il en est en matière végétale !

Or je crois savoir que l’Ailante est un arbre remarquable pour fixer les talus. Son bois ne semble pas valoir grand-chose (sauf à l’intérieur) mais son port et son feuillage sont esthétiques. Ailante [1]

Quand au Robinier, notre faux-accacia, n’est-il pas lui aussi issu de l’immigration ? Il a colonisé en son temps les talus routiers et d’ailleurs n’a pas eu la reconnaissance qu’il mériterait. Son bois est d’excellente qualité et résiste à l’humidité. Sa floraison embaume agréablement et son ombrage est léger.

Je partage votre point de vue sur cette question des plantes invasives et j’estime qu’il y a une part médiatique à l’origine de leur mise au ban. La célèbre Renouée du Japon (encore le Japon) est condamnée, y compris actuellement par les textes réglementaires. Des éradications sont mises en œuvre. Est-il vraiment utile de revenir à ce vieux concept obsolète du garde chasse : Les nuisibles ? Et pour quel résultat ?

Cordialement.
GP


Réponse de J. Tassin :

Merci pour votre message. Vos appréciations sont, je crois, celles de beaucoup de naturalistes. Le discours conventionnel, généralement très négatif à l’égard des plantes invasives, est en réalité un discours appris depuis l’outre-Atlantique où l’idéal de nature est un monde sans hommes. La biologie de la conservation, qui forge ses concepts dans des îles ou des milieux vides d’hommes, appuie dans le même sens, en faveur de messages simplistes aisément relayés par les médias. De ce fait, on oublie (ou l’on veut faire oublier) que la nature, c’est aussi une affaire de culture.

Bien cordialement
Jacques Tassin


Autre intervention par les chercheurs de l’UICN :

"Dans sa base de données Global Invasive Species Database (GISD), l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) recense, parmi les espèces invasives, 3.163 plantes et 820 animaux. Au vu du nombre d’espèces connues, les plantes ont donc environ 25 fois plus de chances d’être jugées invasives que les animaux, calculent Chris Thomas et Georgina Palmer, biologistes à l’université de York.
Dès lors, « il est surprenant que les exemples d’extinctions liées à l’arrivée de plantes invasives soient si rares », considèrent les chercheurs. Selon eux, le qualificatif d’« invasif » serait très exagéré pour la plupart des espèces végétales. Afin d’observer leur progression et leur impact sur les espèces indigènes, les chercheurs se sont penchés sur leur répartition dans 479 sites du Royaume-Uni, analysés en 1990 puis en 2007.
Résultat : rien ne montre que les plantes exotiques aient délogé les indigènes de leur milieu, ou qu’elles soient en voie de le faire. Que ce soit en termes de fréquence, de couverture végétale ou de diversité, elles n’auraient aucun impact majeur. Et ce qu’elles soient installées de longue date au Royaume-Uni, avant 1500, ou plus récemment.

Rule, Britannia !

Les espèces britanniques demeurent bien plus abondantes que les exotiques. Les chercheurs montrent même que les espèces indigènes dont la couverture a progressé en 17 ans ont connu une avancée 9 fois plus rapide que les espèces exotiques. Et dans les lieux où la diversité d’espèces exotiques est élevée, celle des espèces indigènes l’est également.
« Le changement d’abondance et de fréquence d’espèces végétales dépend avant tout des réponses de chacune d’entre elles aux facteurs environnementaux, dont la présence d’azote, la gestion des sols et le changement climatique, plutôt que de l’arrivée de nouvelles espèces. Dès lors, la forte représentation des plantes exotiques dans la liste des espèces invasives ne reflète en rien la menace qu’elles constituent pour d’autres espèces », jugent les auteurs."

Extrait de l’article de Romain Loury du 26/03/2015 sur le site du Journal de l’environnement
Voir cet article du monde sur le sujet :
http://passeurdesciences.blog.lemonde.fr/2014/02/16/qui-a-peur-des-especes-invasives/


[1Le faux vernis du Japon a été introduit au milieu du XXVIII siècle et remis à Buffon au Jardin des plantes de Paris. Plus tard, il fût planté en Cévennes afin de démarrer une production de soie, l’ailantine, obtenue à partir de la chenille d’un papillon d’une autre espèce que le bombyx du mûrier.
Soie de qualité inférieure à celle de ce dernier, elle était pourtant très utilisée en Chine pour les vêtements usuels.
Les textiles synthétiques vinrent mettre un terme à cette expérience et les Ailantes sont restés... Au bord de la route. (Note de Grand-Pierre).