Voter utile : Un pléonasme à la mode
Aux urnes citoyens !
Le votutile
Je votutile. Sinon on va se retrouver perdant au deuxième tour...
Vous avez entendu souvent cette proposition, si vous ne l’avez pas vous-même prononcé un jour. Vous faites peut-être, sauf votre respect, partie de ces turfistes de l’isoloir qui font des martingales sur les outsiders du deuxième tour, reprenant pour leur compte les spéculations hasardeuses des sondages et des politologues.
Voter est non seulement utile chers amis, mais c’est (ou cela devrait être) un devoir dont chacun userait à la façon d’un... droit. Droit que nos pères ont parfois dû conquérir en luttant sur les pavés des barricades.
Question de démocratie
Le voteur utile, a remisé depuis longtemps ces clichés jaunissants dans une boîte à chaussure en compagnie des photos de famille à trier. Il préfère sortir sa calculette pour élaborer la stratégie la plus utile à mettre en œuvre au premier tour de ces présidentielles. Libre à lui bien sûr.
Insidieuse autant que manipuleuse, la perfide déesse média l’avait gentiment préparé à affronter ce dilemme : Dois-je choisir mon candidat préféré au premier tour ou voter plus sagement pour le seul en mesure de battre au second celui dont je ne supporte plus la tronche à la "télé" ? Grave question ; de nos jours, on se défenestrerait certainement pour moins que ça.

Changer de chef, mais pas changer de crise
Lisez attentivement ceci : Cinquième république - Scrutin présidentiel - Suffrage universel majoritaire à deux tours - Alternance.
Vous avez bien lu ? L’énumération se termine par "alternance" (ou bien on pourrait dire aussi "bipolarité") ce qui n’est pas la même chose du tout que "changement". Vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre. [1]
Bon. Je ne vais pas m’éterniser et sombrer dans une phraséologie révolutionnaire indigeste. Moi, Grand-Pierre, je vous dit que je voterai dés le premier tour pour mon candidat à moi. Pour que mon vote compte et que le monde entier sache que mon candidat, il est fort, il est beau et qu’il veut que ça change et aussi que par la même occasion, j’existe !
De cette façon, et sans calculette, j’aurai voté utile.
Amis turfistes bonsoir.
[1] Représentativité très relative...
L’abstention a battu un nouveau record pour le second tour des législatives. 44,6% des électeurs inscrits ne sont pas allés voter. L’ensemble des partis désormais présents à l’Assemblée représentent à eux tous moins de 55% des inscrits au premier tour. La situation est pire encore si l’on regarde la distorsion que produit le double effet du scrutin majoritaire et de la présidentialisation du régime. Ainsi, après avoir obtenu au premier tour de la présidentielle 55% des suffrages, le PS et l’UMP et leurs satellites ont totalisé au premier tour des législatives 68% des voix soit 38% des inscrits. Ils obtiennent 94% des sièges (541 sur 577).
Avec 1,8 millions de voix au premier tour (6,91% des exprimés), le FG obtient seulement 10 élus (1,7% des sièges). Un député du FG représente 179 000 électeurs du premier tour. A l’inverse, un député PS ne représente que 28 000 électeurs du premier tour. En résumé, il faut six fois plus de voix au Front de Gauche qu’au PS pour obtenir un député ! Enfin, alors que le Front de Gauche, le Front National et le Modem ont rassemblé près de 14 millions de voix et 40% des suffrages à la présidentielle, ils obtiennent au total 14 députés soit 2,4% des sièges.


