Chiens perdus sans collier
Les SDF au Vigan. Alcool et drogue. Quelles solutions ?
Chaque année aux beaux jours le Vigan reçoit de nouveaux estivants, mais tous ne se sont pas appelés désiré.
Le bourg centre héberge chaque été des SDF venus d’on ne sait où pour passer la saison au soleil du sud, dans une cité tranquille et tolérante, sans se faire embarquer pour un oui ou pour un non par les forces de l’ordre. Excepté quelques rares individus agressifs, il ne s’en prennent qu’à eux-même et se démolissent tristement à coup d’alcool ou de drogues. On ne peut que les plaindre et assister au spectacle de leur déchéance publiquement exhibée. Leur chiens sont les compagnons de leur infortune et les protègent.
Certains riverains, excédés par ces trublions les vouent aux gémonies et se demandent ce que fait la police. Chassez ceux-là que je ne saurais voir ! D’autres leur offre de l’aide d’une manière ou d’une autre ou un brin de causette le matin lorsque la lucidité est encore présente, car plus tard dans la journée ce n’est souvent et malheureusement plus possible.
Les ingénieurs évaluent le rendement d’une machine à l’aune des pertes dues aux frottements divers qui réduisent les cadences de production et consomment une énergie précieuse. Les sociétés également, surtout les plus ulta-libérales, produisent un déchet vivant que l’on pourrait nommer l’ininséré, inapte à l’accomodance sociale et brisé par des évènements privés ou professionnels que lui seul connait. Sans projets, sans espoir, sans plus d’histoire, il descend plus bas chaque jour jusqu’au point de non-retour. Son existence est parfois menacée à brève échéance.
Les clochards ne sont pas apparus récemment bien entendu mais actuellement les dégâts sociaux affichent des courbes graphiques abruptes et les générations jeunes sont frappées. Une association avait fourni des tentes aux sans logis dans Paris et brusquement rendu visible cette misère qui fleurissait en centaines de corolles multicolores étalées sur les trottoirs et les berges. Ce que la plupart ne voulaient pas voir devenait ainsi visible.

Cette misère au Vigan stresse les habitants et compromet l’image de la ville vis à vis du tourisme et des estivants qui viennent chercher le calme et la sérénité d’un bourg rural. Mais qu’y faire ? Quelle réponse appropriée ? Le traitement social ne peut s’appliquer sans le consentement de la personne. La répression ne peut s’appliquer que dans certains cas bien précis. L’ivresse publique par exemple, mais dés le lendemain, le délictueux serait dehors après dégrisement. D’ailleurs, les forces de l’ordre ont d’autres chats à fouetter et de plus les effectifs sont fortement réduits actuellement.
Alors nous continuerons longtemps sans doute à croiser en ville ces tristes citoyens en perdition qui nous donnent honte et nous font peur car nous percevons que notre société glisse lentement mais avec la régularité du métronome vers une décadence insidieuse et que le milieu rural devient une destination pour les réfugiés de la misère.
La réponse sociale est malaisée faute de moyens. Il est bien connu que s’il est besoin de dix pour démolir, il faudra cent pour reconstruire. Pour autant la volonté ne doit pas manquer de préserver les uns et les autres dans la cité et de faire en sorte que tous y vivent le mieux possible. Les exilés du bonheur, épaves en nos murs pour un temps, nous rappellent à ce devoir même s’il est bien difficile à assurer.


