Protéger la nature, mais avec quels moyens ?
Les représentants syndicaux des personnels du PNC ont appris récemment de la bouche de leur directeur, monsieur Jacques MERLIN, l’existence d’un programme drastique de réduction d’emploi au sein de cet établissement public.
Les représentants syndicaux des personnels du PNC ont appris récemment de la bouche de leur directeur, monsieur Jacques MERLIN, l’existence d’un programme drastique de réduction d’emploi au sein de cet établissement public.
L’état compresse les effectifs administratifs
Contraint par le plan triennal du premier ministre FILLON à une réduction de 1,5% du personnel et de 5% des autres crédits en ce qui concerne la dotation budgétaire de son parc (Parc National des Cévennes), monsieur MERLIN a choisi de pratiquer les premières coupes sombres chez les personnels de terrain [1]. Selon le dosage retenu pour un tel scénario (moins cinq où moins dix pour cent par an) ce sera entre cinq et huit emplois de terrain qui devrait disparaître chaque année durant trois ans !
Pour l’instant en 2011 ce sont de non-remplacements de départs à la retraite où de mutations volontaires qu’il s’agit. Mais les réductions d’effectifs se poursuivront les années suivantes et toutes les hypothèses sont ouvertes.
Quatre-vingt onze personnes sont salariées de l’établissement public PNC mais ce sont plus particulièrement les agents de terrain, au nombre de trente quatre actuellement, qui sont concernés par ces mesures. Pour quelle raison ?
Ces agents de terrain seraient en surnombre et manqueraient de compétences techniques (?). De plus, ils donneraient une image policière du parc. Aussi, dans quelques années, leurs effectifs seraient ramenés à dix où douze et leur brigade serait redéployée sur Florac. Le mythe du garde-moniteur, c’est fini ! aurait déclaré monsieur MERLIN. [2]
Si l’organisation interne du PNC est bien l’affaire de sa direction, on peut toutefois s’interroger sur les choix stratégiques car assurer une meilleure protection avec moins d’agents de terrain apparait difficile..
Les ambigüités de la nouvelle charte du PNC
(...) "La charte (impulsée par la réforme de 2006 de la gouvernance des parcs nationaux) et le nouveau conseil d’administration faisant une place importante aux collectivités et aux compétences locales, conduiront à une meilleure intégration du PNC dans sa région."
Cette phrase est extraite de mon précédent article sur ce sujet. [3] Une libéralisation de la zone d’adhésion et la volonté d’impliquer les collectivités locales sont présentées comme une réforme nécessaire et allant dans le sens de l’histoire. Soit. Un tel scénario accompagné d’une consultation des élus et des socioprofessionnels est extrêmement louable en soi. Mais...
Les braconniers vont-ils sabler [4] le champagne ?
Mais cette nouvelle charte, accompagnée des mesures d’exclusion des agents de terrain prend une toute autre coloration. A vrai dire, nettement moins verte... S’acheminerait-on doucement mais sûrement vers un déclassement en parc naturel régional ? Il est permis de se poser la question.
Certains projet de développement, incompatibles avec l’existence d’un parc national, pourraient y trouver leur compte, le malheur des uns faisant le bonheur des autres.
Longtemps décrié après sa création en 1970, le PNC peut être considéré à juste titre actuellement comme une réelle valeur ajoutée pour notre région. Il a su adapter sa stratégie de protection au fait qu’il soit le seul parc habité de France et son impact sur l’harmonie nature/économie est considéré comme positif. Pourquoi faudrait-il démanteler tout çà ?
Dépourvu d’atouts industriels, le massif de l’Aigoual a maintenant besoin de cette image de la nature préservée pour développer le tourisme vert. Le moment est-il bien choisi pour retirer les agents de terrain, proches des populations et meilleurs vecteurs de la réalité du PNC ?
Que va-t-il advenir du Festival Nature organisé chaque année et qui connait un très vif succès ? Et qui peut soutenir que la suppression des antennes locales où leur bonzaïsation serait considérée comme positive par les collectivités concernées.
Cette dimension devrait être prise en compte et soutenue lors des consultations pour l’élaboration de la charte par tous les élus et les professionnels conscients qu’un avenir en forme de "peau de chagrin" est en train de se dessiner.
Un état spécialisé dans l’élagage
Le désengagement général de l’état et son défaussement sur les collectivités a déjà produit des effets négatifs considérables avec la disparition de nombreux tribunaux, bureaux de poste, effectifs de gendarmerie etc. Faut-il se réjouir avec certains, qui sont de courte-vue, de la régression envisagée pour les parcs nationaux où bien au contraire défendre ces oasis de nature préservée contre les convoitises à venir ?
Mais rien n’est encore définitivement adopté et on peut penser qu’une réflexion et un débat sur ce sujet épineux amèneront la direction du parc à revoir sa copie.
"Il faut sauver le soldat Ryan"... Et aussi nos gardes-moniteurs.
[1] Techniciens d’antenne et Gardes-moniteurs
[2] Source syndicale SNE-FSU du PNC
[3] Lien > http://blocdepierre.com/spip.php?article151
[4] Aux XVIIe et XVIIIe siècles, sabler, qui s’appliquait à tous les vins, avait la signification suivante : c’était faire cul sec. Reprenant en effet en 1728, en la précisant, la définition du Dictionnaire de l’Académie de 1964, le Dictionnaire de la langue française, ancienne et moderne de Pierre Richelet, revu par Pierre Aubert, disait ceci : « Sabler un verre de vin ». Ce mot se dit par quelques personnes pour dire l’avaler d’un coup. De même que l’on jette précipitamment la matière fondue dans le moule, on jette du vin dans le gosier et c’est par cette ressemblance que l’on dit « jeter en sable » ou « sabler un verre de vin ». Constant, le valet de l’Empereur Napoléon Ier écrit dans ses mémoires : ... il prit fantaisie au général Dorsenne de donner un grand souper ; les vins du Rhin et de Hongrie furent sablés, le punch vint ensuite...".


